Leopard Hall.

Résumé.

41V9PPy1E1LEditeur/Collection : Le Cercle Belfond. Parution : avril 2017. Prix 22.50€

Dans les années 1960, Anna, jeune secrétaire dactylographe de vingt-cinq ans, quitte l’Australie pour le Congo. Son père, mourant, celui-là même  qui l’a abandonnée avec sa mère lorsqu’elle avait six ans, l’appelle à son chevet. Portée par l’espoir fou de retrouver enfin des racines, Anna n’a pas hésité une seconde. Mais ce qui l’attend va bouleverser sa vie bien plus qu’elle ne peut l’imaginer. une guerre, des secrets et un lieu : Leopard Hall.

Pour trouver ce qu’elle cherche, la jeune femme va devoir traverser un Congo en pleine guerre civile. Une aventure à mille lieux de sa petite vie tranquille à Melbourne.

De l’autre côté de la frontière, en Tanzanie, Dan, ancien militaire et guide de safari, s’apprête à prendre la direction d’une troupe de mercenaires clandestine, pilotée anonymement par les américains pour remettre de l’ordre au Congo que la rébellion des Simbas est en train de mettre à feu et à sang.

La guerre l’ayant séparé de sa famille bien des années auparavant, l’homme espère ainsi redonner la paix à cette terre qui fut autrefois son foyer et trouver un sens à son existence. Mais est-il réellement prêt lui-aussi à retrouver Leopard Hall ?

Mon avis.

C’est le groupe Facebook  Le Cercle des Lecteurs Belfond, auquel m’a conviée l’amie Pop-Corn and Gibberish, que je dois l’agréable découverte de cette lecture. Je ne connaissais pas du tout Katherine Scholes auparavant mais la rencontre avec sa plume a été des plus plaisantes.

Son récit nous immerge avec une rare précision dans le Congo post colonialiste des années 1960. Finalement devenu indépendant en dépit d’une transition houleuse, le Congo est alors à nouveau agité de soubresauts guerriers suite à l’assassinat du Premier Ministre d’origine congolaise Patrice Lumumba, partisan d’une évolution pacifiste et en douceur du système colonial belge. Tué par ses opposants, il est mis en place à sa suite un gouvernement pro-occidental qui va cristalliser les opposions contre les européens et être la cause de la révolte Simbas. Menés par un idéal, les Simbas sombrent rapidement dans une violence incontrôlée, semant le chaos et la guerre civile, incitant les nations occidentales à intervenir (notamment les Etats-Unis car les Simbas étaient soutenus par la Russie) pour protéger leurs intérêts et les richesses du pays. Avec luxe de détails, Katherine Scholes ancre sa fiction dans cette réalité historique qui marque le naufrage du peu reluisant rêve colonial et de son paternalisme désuet.

Les personnages principaux de Leopard Hall nous peignent par leurs regards croisés, une fresque saisissante de la situation. Anna est venue sur cette terre où elle est née pour retrouver ses racines, une identité. Elle découvre le mode de vie des classes occidentales, les relations singulières qui existent avec les populations locales, le quotidien des missionnaires, la misère, l’isolement, la maladie et surtout se retrouve prise au coeur d’un conflit effroyable qui la dépasse mais dont elle constitue l’ennemie en tant qu’occidentale.

Désabusé quant à sa vie personnelle, Dan porte un regard aimant et bienveillant sur ces terres africaines. Il en connaît les chemins, en respecte les croyances et coutumes, parle la langue des populations locales. S’il accepte de s’engager dans ce conflit, c’est dans un souci de paix mais aussi de servir à quelque chose, se sentir utile. Pourtant les choses vont prendre un tour bien plus personnel.

Deux perspectives opposées que Katherine Scholes utilise avec brio pour nous plonger dans l’intimité de ce conflit. Partant de faits historiques, de témoignages (celui d’une infirmière ayant réchappé au massacre dans une mission perpétré par les Simbas), de faits personnels (son père était un safari doctor), elle construit son récit dans cette atmosphère si particulière et nous conduit dans un singulier mais fascinant voyage à travers le Congo des années-là.

Néanmoins le fil conducteur du récit reste principalement axé sur le personnage d’Anna, car c’est avec elle que nous initions notre voyage. Bien que déboussolée, perdue dans les codes de ce pays qu’elle ne connaît guère, la jeune femme fait face avec une rare détermination. Venue chercher un père, c’est peut-être elle-même qu’elle va trouver face à l’atrocité de la situation. C’est une quête d’identité pleine d’émotions que nous propose Leopard Hall : celle d’une fille pour combler un manque, retrouver un père, des racines. Celle d’un pays à la recherche de lui-même.

Quelques précisions pour finir.

Le Congo ne sera finalement officiellement pacifié qu’en 1965, mais une autre guerre conflit congolais éclate en 1996, suite à la guerre civile et au génocide au Rwanda qui provoque une forte instabilité dans les pays voisins. S’il retrouve officiellement la paix en 2002, des soubresauts agitent toujours le Congo et sa vie politique.  C’est ainsi que la population congolaise demeure la proie de la précarité alors que le pays possède d’énormes ressources sur son territoire, notamment minières.

Pour en savoir plus sur le contexte du roman, je vous propose de lire le dossier concernant les inspirations de l’auteur, publié sur le site des Editions Belfond.

6 commentaires

  1. Finalement, je connais très peu cette période de l’histoire et le Congo, du coup je me dis que ça peut être intéressant de découvrir tout cela à travers un roman 🙂 C’est juste dommage que le prix soit si cher, je vais attendre qu’il sorte en poche ! ^^
    Victoire

    Aimé par 1 personne

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