Et si on regardait… Un village français ? (ou pas !)

Au fil des pérégrinations et aventures télévisuelles qu’il accomplit au péril de sa vie (et parfois de son intelligence) pour vos beaux yeux, il arrive que July ait un coup de coeur. Au mépris du purin insipide dont l’abreuve le service public français, il creuse envers et contre tout et trouve… une pépite. Ce qui le met en joie et provoque une avalanche de jeux de mots et calembours approximatifs, que Pierre Desproges n’aurait pas renié mais qui peuvent laisser le lecteur dans une vague catatonie. Vous voilà prévenus.

Si vous avez tenu tous les jeux de mots, je vous prie de taper dans vos mains en commentaires, que je compte les survivants.

En attendant, je vous laisse déguster ce coup de coeur enthousiaste et un peu chauvin.

Ps pour July : Duby c’est de la médiévale. Hérétiiiiiique ! Je l’dirais à JCG. Il va te renier. N’empêche c’était beau de le tenter, c’est un jeu de mots qui fait Pop !

****

Alors que la série s’est achevée jeudi dernier sur France 3, j’avais envie de lui dire au-revoir dans de bonnes conditions. Un village français, keskecé ? C’est une très bonne série de 7 saisons composées par 72 épisodes, d’une cinquantaine de minutes chacun, diffusée entre 2009 et 2017 sur France 3. C’est également la preuve que le service public en France arrive encore à produire, de temps à autres, de bonnes séries, surtout quand elles parlent d’un petit village de France qui voit sa vie bouleversée alors que les Allemands débarquent en 1940.

Si ce n’est pas une surprise de voir les Allemands débarquer en 1940 en France parce qu’ils sont passés par la Belgique[1] (coucou à nos amis Belges, sans rancune hein !), cela nous fait découvrir la vie bouleversée d’un village, perdu dans une France encore à moitié rurale en 1940 (la transition urbaine a lieu dans les années 1930[2]). Et quand on voit la qualité française par rapport à celle des Allemands, bien montrée dans la série, on ne s’étonne pas qu’en cinq semaines, la guerre soit terminée. Un seul mot d’ordre dans ces premières semaines d’occupation : c’est bien, c’est beau, c’est boche.

Après 4 séries françaises sur 6 présentées dans mes billets, on va finir par se dire que j’adore les séries françaises. Dans l’ensemble, je dois leur donner leur chance, histoire de voir ce que l’on produit chez nous. Je ne rentrerai pas dans le french-bashing que l’on peut parfois avoir au niveau des séries. Laissons leur chance aux séries françaises, pour une fois ! Surtout celle-ci qui, parmi d’autres[3], sort bien son épingle du jeu. On y voit bien le quotidien du village : un communiste, un résistant, un collabo, le type qui collabore malgré lui (parce qu’on tue d’autres villageois s’il ne le fait pas), le commissaire de police, son adjoint, le sous-préfet, la maîtresse d’école, bref, tout le monde est là. Les décors sont très bien reproduits. On fait même comprendre qu’il faut faire la lettre au Maréchal. Et pendant ce temps, il faut s’adapter, car les Allemands réquisitionnent tout.

Cette série nous fait part aussi de situations locales avec des adaptations pendant que la vie continue. Par exemple, Daniel Larcher, le médecin, se retrouve maire, à devoir négocier avec les Allemands pour qu’ils ne réquisitionnent pas tout. Pendant ce temps, son frère, Marcel, est communiste et tourne vers la résistance de la première heure[4]. Pour l’organisation de sa cellule, il a besoin de franchir la ligne de démarcation. Reste à savoir si Daniel va laisser Marcel utiliser son laissez-passer pour laisser son frère résister, alors que lui-même ne défend pas particulièrement les Allemands mais que des représailles sur les villageois pourraient avoir lieu si le maire est pris en train de trahir l’occupant. On pourrait aussi faire appel à Raymond Schwartz, qui a aussi un laissez-passer car c’est le patron de la scierie dans laquelle Marcel travaille… Mais ce Schwartz n’est pas tout blanc non plus (OK je sors, mais après ce billet). Nota de June : Exemple des susdits jeux de mots cités en introduction.

En effet, il hésite entre produire des planches pour les Allemands ou résister. Et puis, il a une maîtresse, parce qu’il avait déjà une relation extraconjugale avant la guerre. Et puis, il y a les juifs aussi. Il n’en est pas trop fait état au départ, mais au fur et à mesure que la série avance, la guerre avance aussi. Ainsi, une directrice d’école se retrouve mise à pied parce qu’elle est juive. Et lorsque la Solution finale est mise en place, on se pose de plus en plus la question du sort des juifs.

La force de la série est double. Tout d’abord, elle a l’avantage de ne pas traiter la guerre dans les grandes lignes. Combien de fois, dans les films, avons-nous vu les images de l’invasion de 1940, la résistance vaillante dirigée par Charles de Gaulle, qui du haut de ses deux étoiles de général se faisait surnommer Charles de Gaulle Étoiles (oui, je sais, j’ai déjà dit que je sortais) ? Combien de fois avons-nous vu les images du débarquement ? Combien de fois avons-nous vu un Hitler sanguinaire qui allait tuer tout ce qui ressemble de près ou de loin à un juif, un résistant, ou les deux ? Combien de fois avons-nous vu Stalingrad ? Cette série a le coup de génie de ne traiter que de l’échelle locale. Point d’Hitler dans la série, si ce n’est un portrait dans la Kommandantur. Point de Maréchal, si ce n’est un portrait dans le commissariat ou un discours à la radio. Point de Charles de Gaulle, si ce n’est mentionné simplement par des résistants ou le discours à la radio devant l’hôtel-de-ville de Paris (qui est outragé, martyrisé, mais libéré, tout ça, tout ça). Point de débarquement, si ce n’est mentionné, encore une fois. Point Godwin, par contre, tout le temps, vu qu’on parle des Nazis assez souvent (logique, vu le sujet). On voit cependant le village occasionnellement, à une période de l’année de temps en temps, et non pendant 5 ans en continu. Il ne se passe pas des choses chaque jour à Villeneuve : entre le 24 juin 1940 et le 15 septembre, il ne se passe pas grand-chose dans le village. On a donc des aperçus de ce village, pendant 72 épisodes (6 épisodes pour les deux premières saisons, 12 pour les suivantes), au cours des années d’occupation et même après.

On reste dans cette série à l’échelle locale, ce qui est la deuxième force de la série car on peut s’identifier aux personnages. En effet, on peut comprendre ce maire tiraillé entre le choix de collaborer avec les Allemands et celui de résister en mettant en danger la vie des populations. On peut comprendre ces gens qui résistent ou hésitent. On comprend ceux qui obéissent aux ordres qui viennent de plus haut, tout en se disant que ce sont des enflures. Et on se pose la question qui fait mal. Qu’aurais-je fait à leur place ? Et même après en 1945, au moment de la dernière saison où, spoiler alert, le village est libéré[5], se pose aussi la question de l’après-guerre, ainsi que celle de la mémoire, qu’elle soit nationale ou personnelle. Depuis le débarquement des Allemands dans ce village, le 12 juin 1940, jusqu’en 2003, on est heureux de voir ces personnages évoluer au cours des épisodes tout en éprouvant de l’empathie ou de l’antipathie pour eux.

Cette série est, vous l’aurez compris, pour moi une série à voir. C’est l’un des fers de lance de la fiction française. Le casting est aussi impressionnant (Robin Renucci, Nicolas Gob, Audrey Fleurot, Thierry Godard ou encore Richard Sammel) que l’écriture juste des épisodes. Foncez, tel les Allemands en 1940, foncez, tel les Alliés sur Paris, foncez, tel Bip-Bip qui échappe au coyote, foncez tel Jesse Owens en 1936 ou Usain Bolt en 2012, foncez parce que cette série n’est pas claire. Elle est bonne, mais ambigüe, ce qui fait sa force et franchement, payer la redevance pour voir ça, ça fait moins mal que pour voir Faustine Bollaert ou Drucker pour une énième saison alors que la retraite en France est à 67 ans et ça fait mal de la voir reculer. Sachant qu’après l’invasion, la retraite était en 40, et ça a fait mal aussi. Mais si la France a une tradition dans les séries de bonnes défaites, elle a réussi ici à faire de cette défaite une bonne série.

July

[1] Et en même temps, on comprend que les Belges n’aient pas résisté, vu les boulettes récentes : http://www.lalibre.be/light/insolite/5-chars-de-l-armee-belge-entrent-en-collision-en-voulant-eviter-un-tracteur-540086c135708a6d4d520a1a

[2] http://www.transmondyn.parisgeo.cnrs.fr/transitions-etudiees/cas-empiriques/t9

[3] Au Service de la France (Arte), Engrenages (Canal +), Nicolas le Floch (France 2), Ainsi soient-ils (Arte)…

[4] Les communistes étaient des résistants de la première heure : https://humanite.fr/lentree-des-communistes-dans-la-resistance-avant-le-22-juin-1941-la-preuve-par-le-sang-575005 ; et même si c’est L’Huma qui en parle ici, les faits ont été vérifiés par ces bêtes bizarres que l’on trouve dans les bibliothèques que l’on appelle… Non, June, pas des rats. Des historiens. Et tu n’as pas le droit d’être Duby-tative à ce propos.

[5] Ces historiens, franchement, ils nous gâchent toutes les séries historiques… Merci quoi !

4 commentaires

  1. Oui, j’ai fait dans l’émotion parce que cette série m’a transporté au cours des dernières années. Et d’ailleurs, j’avais prévu d’acheter l’intégrale une fois la série terminée mais elle n’existe toujours pas. Et toujours pas de saison 7 en DVD.
    Passé cette petite déception, je voulais dire que oui, je trouve qu’il faut laisser leur chance aux séries françaises, parce que parfois y’a Audrey Fleurot dedans (cf. Engrenages dont je parlerai peut-être un jour), et parce que les Américains ne font pas que des bonnes séries. Ils en font même plus de mauvaises que de bonnes, y’a qu’à voir le nombre de séries annulées par an là-bas. La quantité n’est pas un gage de qualité même sur HBO ou sur Netflix…

    Aimé par 1 personne

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