The Hate U Give

Résumé.

Editions Nathan. Parution  : avril 2018 Prix : 17.95€

Starr a 16 ans. Elle est noire et vit à Garden Heights, dans la zone, le ghetto, avec une famille recomposée pas toujours simple à gérer. Son père épicier, membre de gang repenti et sa mère infirmière sont solidaires avec leur communauté, mais ont décidé d’ouvrir d’autres voies pour leurs enfants que la drogue, les gangs, la violence, les balles perdues ou la misère.  Aussi elle et ses frères  vont depuis leur plus jeune âge à Williamson, un  établissement scolaire chic à majorité blanche. Là-bas, Starr a l’impression d’avoir une autre identité. Partagée entre deux mondes, elle parvient pourtant à trouver un certain équilibre. Jusqu’au jour au Khalil, son ami d’enfance est tué sous ses yeux par un policier blanc, lors d’un banal contrôle, alors qu’il la ramène chez elle.

Starr a tout vu. Chaque détail. Elle est la seule à savoir toute la vérité. Mais doit-elle se taire et protéger sa vie et sa famille. Ou doit-elle faire éclater la vérité au risque de tout embraser ?

Mon avis.

The hate u give n’est ni une victimisation, ni une justification des dérives ou de la violence, que ce soit d’un côté ou de l’autre de la couleur de peau. C’est à travers la fiction, le constat amer et dur d’un état fait : la haine que l’on donne n’est que le résultat de celle que l’on nous donne, qu’on a reçue ou que l’on reçoit. C’est un poison qui se distille et qui fiche tout le monde en l’air comme disait le rappeur Tupac dont l’auteure s’est inspirée.

 « Starr-Starr, tu fais tout ce qu’ils te disent de faire. Garde tes mains en évidence. Ne fais pas de mouvement brusque. Ne parle que si on te pose une question. »

Que vous soyez dealer ou ambulancier, par défaut, si vous êtes noir face à un policier est blanc, c’est une réalité, sur un geste, tout peut déraper. D’ailleurs le policier qui abat Khalil dans le roman, ne vérifie pas son pedigree avant. Quand tu es noir et que tu viens d’un quartier pauvre, tu es potentiellement coupable. Cela fait froid dans le dos, n’est-ce pas ? On voudrait refermer le livre et se dire que tout ça n’est qu’une fiction.

Sauf que vous regardez les informations comme moi…

Sauf que ce scénario a éveillé dans vos esprits comme dans le mien des images bien réelles. De jeunes hommes noirs non armés, abattus sans sommation par un policier blanc à cran, à cause d’un geste maladroit pour attraper un portefeuille, un portable…

Sauf que ce roman est l’écho brutal d’une réalité que même un président noir n’a pas su effacer.

Le roman d’Angie Thomas résonne comme un grand cri d’alarme. Sa plume brute, sans concession, nous fait vivre cette réalité à travers son récit de façon percutante, sur un rythme sourd et haletant, comme le battement d’un cœur. The hate u give résonne en nous comme la vibration d’un tempo sur le béton et on en ressort sonné. Une claque assénée avec style. Brutale. Simple. Efficace.

Sans fioritures, ni auto-apitoiement, Angie Thomas nous emmène au contact d’une vérité humaine, sociale et politique qui vous prend aux tripes comme un torrent de lave en fusion. Une fois la machine lancée, impossible de lâcher le roman. On est pris dans le feu implacable des événements. Tout comme Starr, il nous faut aller jusqu’au bout. C’est incroyablement puissant.

Mais ce qui est encore plus incroyable et fort, c’est l’espoir qui résonne dans tout ça. L’espoir que ne pas oublier aide à avancer. L’espoir que parler, se battre, dire la vérité, ouvrir le dialogue fasse la différence, change un peu les choses. L’envie de donner de l’espoir aux jeunes générations à la place de la haine. Ainsi que le dit son auteur, il y a des roses qui poussent au milieu du béton. C’est un roman militant, porteur avec force d’une certaine réalité. Mais c’est un roman qui parle de la haine pour mieux l’anéantir. C’est un roman d’espoir et un roman vrai, que chacun devrait lire.

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