Versailles

Si vous êtes archi-fan de la série, ne lisez pas cette chronique, ça risque de vous donner de l’urticaire.

Si vous avez un poil de curiosité d’esprit, allez-y donc gaiement, majesté.

Je me suis arrêtée au trailer, sentant venir le truc sur le style Reign. July, lui, est allé jusqu’au bout, gloire lui soit rendue.

Or, s’il y a bien une chose sur laquelle il ne faut pas chatouiller un historien, c’est bien l’Histoire. July et l’Histoire c’est comme Indiana Jones et le vol de reliques, vous voyez : sans compromis.

Et là, à Versailles, ils ont clairement joué avec le feu. Attention ça brûle.

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Grand amateur d’histoire puisque j’en ai fait mon boulot, moins grand amateur de géographie mais j’en ai fait mon boulot quand même, je me suis mis à regarder Versailles, la série de Canal +. Versailles, keskecé ? C’est une série en 3 saisons de 10 épisodes de 52 minutes qui raconte l’histoire du roi Louis XIV et de la cour. Elle a été réalisée en anglais pour Canal + qui l’a vendue à l’international.

Et arrêtons tout de suite ici : si le titre peut faire rêver, la série fait beaucoup moins rêver. C’est mauvais de fond en comble. En effet, le scénario est cliché et truffé d’erreurs historiques ; les comédiens sont risibles à commencer par George Bladgen qui n’a aucune crédibilité en Louis XIV qui tente de faire son gentil et son tyran de façon alternative ; la réalisation est très (trop ?) moderne, contrairement à cette phrase qui contient deux fois un point-virgule, big-up à Balzac.

En fait, on réalise ça comme on réalise deux ans après un film sur un mec qui a posé un avion dans l’Hudson. On joue le « based on a true story » en réécrivant l’histoire parce que faut pas déconner, on la rend complètement différente. Par exemple, Louis XIV nous présente la magnifique galerie des Glaces[1] qui a été restaurée il y a peu[2] ce qui nous permet de l’apprécier dans la série et d’avoir un décor digne de ce nom. En effet, la série a été tournée à Versailles (ce qui montre bien que le domaine a besoin de sous pour s’entretenir[3] car peu de tournages y ont lieu) ce qui permet d’apprécier les décors. Du coup, ça fait une chose qu’on apprécie dans cette série : manque de bol, c’est le truc qui a trois siècles.

Revenons à notre présentation de la galerie des Glaces par Louis XIV, son épouse la reine étant à ses côtés. Celle-ci est présentée comme terminée par le roi qui est fier de la montrer à la cour comme un gosse montrerait à Tata June son nouveau jouet. Bon, jusque-là, pourquoi pas. Mais arrêtons-nous une seconde. La galerie des Glaces est terminée en 1684. Marie-Thérèse d’Autriche, la reine, meurt en… 1683. Et si je suis le premier à pardonner une petite entorse à l’histoire dans le cadre des films et des séries, là, non. NON. NON. La mort de la reine, on ne peut pas bouger ça quand même. Et l’utilisation du Requiem de Mozart alors qu’il n’est pas encore né, ça va pas être possible non plus[4]. Et ce ne sont là que deux exemples parmi d’autres répartis sur différentes saisons. Donc au niveau de l’histoire, comme dirait Arthur dans Kaamelott : « C’est pas terrible, c’est nul, nul, archi-nul, vous êtes des zéros[5].

Bon, tentons donc de nous retourner sur la réalisation. Comme dit précédemment, le seul truc appréciable sont les décors, naturels pour la plupart. Mais après il faut des trucs à la mode : une caméra épileptique qui n’a rien à envier à Guy Ritchie[6], une intrigue digne de Gossip Girl, des conspirateurs, du sexe, du rock & roll, de la violence inutile, bref, on tente de réécrire complètement l’histoire pour la rendre plus accrocheuse. Il faut que ce soit moderne, comme le démontre l’affiche en illustration de cet article. Il ne se passe d’ailleurs pas grand-chose au final (faudrait ne pas trop empiéter sur les scènes de sexe), et quand il se passe quelque chose, c’est souvent brouillon et incompréhensible.

Du coup, en ultime recours, tentons de nous tourner vers les comédiens qui peuvent parfois sauver une œuvre[7]. Et si les canons de beauté ont bien changé depuis le Grand Siècle[8], là faut quand même dire que ça devient nawak. On prend des acteurs qui sont là pour vendre par leur beauté et non par leur jeu. Les personnages doivent nécessairement bien rendre dans leurs costumes (parce que tout le monde sait qu’une bonne meuf, ça fait vendre… même si son jeu est pourri) mais au niveau de la direction, on repassera. Ajoutez à cela une langue anglaise pour vendre la série à l’international, et ça donne des comédiens qui disent « what do you think Monsieur Colbert ? ». Ouais, c’est moche, hein ?

En bref, je me suis coltiné les trois saisons comme je me suis coltiné d’autres trucs pourris : en guilty pleasure et pour critiquer la série et la descendre. Oui, ça c’est comme Louis XIV, comme mentalité, c’est bien français. Mais y’a des moments, il faudrait peut-être pas prendre trop le spectateur pour des truffes non plus. Et si Dumas disait qu’il est possible de violer l’histoire à condition de lui faire un enfant[9], il ne faudrait peut-être pas pousser trop loin le fantasme non plus et se recentrer sur une écriture et une réalisation de qualité. Parce que là, la copie est à revoir, de fond en comble.

July

[1] Non, June, ce n’est pas une galerie commerciale avec uniquement des marchands de glace.

[2] C’est une vraie merveille, si vous avez l’occasion, allez-y, courez-y, il faut avoir vu Versailles une fois dans sa vie.

[3] Pour un petit don, même tout petit, pour le Patrimoine mondial, c’est par ici : http://www.chateauversailles.fr/soutenir-versailles/etre-mecene

[4] Alors qu’une fois que Mozart est né, on peut dire que Mozart est là. OK je sors.

[5] Kaamelott, Livre I, Épisode 12, réalisé par Alexandre Astier.

[6] Je vous ai déjà parlé de son film Le Roi Arthur ? Oui ? Ah bien.

[7] C’est vrai, Meryl Streep et Pierce Brosnan sauvent Mamma Mia !

[8] Big-up Voltaire !

[9] Bon en vrai, il ne l’aurait pas dit…