Et si on regardait… Mirage ? (ou pas !

Le confinement avait insufflé à July de grandes envolées d’inspiration, des bouffées d’amour sériesques lors de sa précédente chronique. Je m’interrogeais même sur sa bonne santé mentale. Allait-il se mettre à regarder Plus Belle la Vie en prenant un pastis ?
Mais rien de mieux qu’une « bonne » production France Télévisions  de derrière les  fagots pour me rassurer.  Il ne faut toujours pas chatouiller de trop près les exigences sériesques (sériephiles ?) de notre expert qui la verve piquante [et n’est visiblement n’est pas amateursdu bling-bling et des publicités de l’office du tourisme d’Abu-Dhabi. Peut-être regrette-t-il celles de la Nouvelle Zélande. Mais je m’égare. ]
Plongeons-nous donc dans la chronique de cette série dont semble-t-il la qualité désertique semble créer des mirages.
Suivez le dromadaire et attention ça crache !


Après vous avoir parlé la dernière fois de payer ma redevance avec fierté, je réalise qu’en réalité je me suis un peu emballé. Continuons donc avec Mirage, une série d’espionnage de 6 épisodes produite, entre autres, par France Télévisions, diffusée entre mi-février et début mars à raison de 2 épisodes par soirée. L’histoire racontée met en scène Claire, ingénieure informatique en cyber-sécurité, qui a perdu son mari dans le tsunami de 2004. Elle s’installe 15 ans après à Abu Dhabi avec leur fils ainsi que son nouveau compagnon, un allemand. Mais Claire voit son époux supposé être mort[1], et découvre en plus qu’il est agent secret.

Dans le rôle de Claire, Marie-Josée Croze, que l’on a vue dans Le Scaphandre et le Papillon, ou Munich. Dans le rôle de Gabriel, son époux, Clive Standen (Rollo, de Vikings). On trouve aussi Grégory Fitoussi que l’on ne présente plus pour nous autres, Français (Engrenages, Les Hommes de l’ombre, entre autres). La série est une coproduction internationale de l’Alliance des chaînes de télévision publiques européennes[2], et fut annoncée du côté de France Télévisions comme le produit phare de cette alliance qui, selon le numéro 2 de France Télévisions, « s’est imposée non pas pour concurrencer Netflix mais pour avoir une place reconnue et juste dans le paysage »[3]. La série a logiquement été tournée en anglais, avec des scènes en arabe lorsque les personnages sont arabes, en français lorsque les personnages sont français et en allemand lorsque les personnages sont… allemands (qui a dit « norvégiens » ?). Pourquoi pas, c’est intriguant.

Cependant, on réalise très vite qu’on a été floué[4]. Grégory Fitoussi, mis en avant dans la bande-annonce de France Télévisions (c’est un peu sa présence qui m’a donné envie de regarder la série) mais il n’est que peu présent à l’antenne. La série, vendue et survendue par France Télévisions, se rapproche du crash Versaillais[5]. C’est-à-dire qu’on en arrive au point de l’emplafonnage historique pour une série survendue (quoique Marseille, deux saisons sur Netflix, se défend bien à ce niveau-là aussi).

Abu-Dhabide du siècle

Le scénario est cousu de fil blanc, cousu lui-même avec du fil blanc. Dès le départ, on suit Claire à Abu-Dhabi, recrutée par un DRH mystérieux mais super cool qui ne tient pas compte d’un trou aussi large que le gouffre de Padirac dans le CV de notre héroïne : un piratage de système de sécurité en Asie centrale  alors qu’elle était supposée maintenir la sécurité informatique. Une fois arrivée en poste, son ex-mari[6], supposé être mort dans le tsunami de 2004 se pointe en moniteur de plongée, sa couverture d’agent secret pour la CIA, le FSB, ou autre selon les effets scénaristiques. Il pourrait être un agent des services secrets du Burkina Faso qu’on en aurait rien à foutre.

Bref, le scénario n’est pas possible. On a une copie colorée et glamour du Bureau des Légendes, avec une héroïne geekette, courageuse, amoureuse, petite expat’ découvrant la vie dans le Golfe avec des apéros dinatoires sur un yatch bling-bling. En fait, on a l’impression d’être dans une pub de l’office de tourisme d’Abu-Dhabi. Bref, ça ne prend pas.

Qu’en est-il alors des comédiens ? De fait, dans l’espionnage, le jeu des comédiens est essentiel pour une bonne série mais il ne fait pas tout. Surtout qu’en plus il est mauvais. On voit que la pauvre Marie-Josée Croze récite son texte sans comprendre ce qu’elle raconte (et une informaticienne qui ne bite rien, ça pose problème), le pauvre Clive Standen a été pris pour sa plastique et Grégory Fitoussi n’est pas assez là. Le montage me laisse également dubitatif. On se demande si le réalisateur, Louis Choquette, croyait au projet quand il l’a fait (peut-être y croyait-il autant que Philarmonia, série réalisée pour France 2 en 2019[7]).

La série ne dépasse jamais le stade d’intention commerciale. Une québécoise, un allemand et un anglais dans les rôles principaux, ça ne permet que de remplir le cahier des charges des chaînes, mais pas les audiences, qui furent en berne en France : 3.4 millions, puis 2.4 lors de la deuxième soirée et 2.3 pour la fin. Résultats, une autre saison soi-disant prévue, déjà en cours d’écriture, mais au vu des audiences, le premier projet de l’Alliance est grandement contrasté[8]. Et du coup, la place reconnue de cette alliance dans le paysage est plutôt en arrière-plan, lointaine, floue. Comme un mirage dans le désert[9]. Espérons que la barre sera vite redressée car le montant de la redevance a tendance à suivre une courbe inversement proportionnelle à celle des audiences.

July

[1] Faire le mort pour s’en sortir, stratégie typiquement masculine, paraît-il.

[2] https://variety.com/2019/film/global/european-broadcaster-alliance-around-the-world-in-80-days-mirage-france-televisions-1203173650/, consulté le 20 avril 2020.

[3] https://www.sacd.fr/takis-candilis-lalternative-a-netflix-est-de-conjuguer-nos-savoir-faire-nationaux-et-europeens, consulté le 20 avril 2020.

[4] Je ne vais pas faire la blague avec le mot « mirage », ça serait presque trop facile.

[5] https://juneandcie.com/2018/05/08/versailles/, consulté le 20 avril 2020.

[6] Je dis ex car un ex peut être relou, mais aussi être décédé. Il peut également être les deux… Ce qui ferait une bonne catégorie au Burger Quiz.

[7] https://juneandcie.com/2019/03/25/et-si-on-regardait-philharmonia-ou-pas/, consulté le 20 avril 2020. June, ne me remercie pas pour tes pages vues quand je m’auto-cite, ça me fait plaisir.

[8] https://www.programme-tv.net/news/series-tv/250185-mirage-la-serie-de-france-2-aura-t-elle-une-saison-2/, consulté le 20 avril 2020.

[9] Je sais que vous l’attendiez, elle est là !

Publié par

“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.