Have you met Martin ?

Ce qui frappe chez cet homme-là, c’est le regard. Caché derrière une épaisse monture noire, sous des sourcils broussailleux, il a le regard brillant, attentif, généreux. Un regard de réalisateur.

Peu importe sa petite taille (1.63m), il fait sans nul doute partie des réalisateurs les plus brillants et les plus charismatiques de son temps. Ce qu’il touche, rentre souvent dans l’histoire du cinéma.

Ladies and gentlemen, let me the honor to introduce you one of my favorite director. 

Have you met Mr Martin Scorcese ?

Fiche signalétique

Nom complet : Martin Marcantonio Luciano Scorsese

Date de naissance : 17 novembre 1942

Nationalité : américaine

Profession : scénariste, réalisateur, producteur

Signes distinctifs : Raconte si bien New-York dans tous ses états

Prologue : il était une fois Scorcese à Cannes

Martin Scorcese est rentré dans mon coeur par hasard. Un coup de foudre. C’était la cérémonie du festival de Cannes en 1998, on attribuait le Prix spécial du Jury à La Vità è Bella. Et Roberto Benigni faisait vibrer la salle d’émotion en la recevant avec une joie exubérante, comme on en vit rarement à Cannes. Un moment magnifique, à vous fiche le frisson.

Au milieu de tout ça, il y avait ce petit bonhomme. Ce grand homme, devrais-je dire. Président du Jury mais humble, tellement gêné de voir Benigni se jeter à ses pieds. Rouge d’embarras, le sourire éclatant pourtant, plein d’émotion, ne sachant plus s’il faut rire ou pleurer.

D’ailleurs, comme souvent avec Benigni, on fait les deux.

Comme Benigni est magnifique alors. Mais que Martin Scorcese est beau ! Humainement beau quand on voit le regard bienveillant qu’il pose sur cette scène.

Ce moment-là, il s’est gravé dans mon coeur de cinéphile. Désormais Martin Scorcese c’était à la vie, à la mort. Et je ne l’ai jamais regretté…

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Source Allociné

Martin Scorcese : l’homme et l’Amérique

Martin Scorcese, il a ce truc incroyable pour parler de l’humain. A travers sa filmographie, de Taxi Driver au Loup de Wall Street, c’est l’homme grandeur et décadence. Violence, addiction, psychose, trauma, doute, spiritualité, le pouvoir … et la chute. Il explore l’humain sous toutes ses coutumes, dans son meilleur comme dans ses failles.  Il pose à chaque fois un regard particulier et souvent bouleversant, qui saisit les choses au coeur.

Est-ce pour cela que l’Amérique, qui est pour beaucoup la terre de tous les possibles et de la démesure est le cadre récurrent de ses films ? Ou est-ce simplement parce-que ce new-yorkais, d’origine sicilienne, trouve dans sa terre natale un terreau idéal ? Le fait est qu’à travers sa filmographie se dessine entre les films, une fresque aussi passionnante que sans concessions d’une certaine Amérique, souvent dure, parfois exubérante.

Et puis il y a New York,  LE New York de Scorcese,mafieux, corrompu, violent, sombre et désespérant.Cet enfant du cinéma natif de Little Italy n’a pas son pareil pour nous faire entraîner dans les eaux troubles de sa ville qu’il sait filmer comme personne, quelle que soit l’époque évoquée.

Fascinant Scorcese, le travail net, le plan au cordeau, l’esthétique impeccable. Il a LE regard qui fait le style. Mais si le réalisateur possède sa patte bien particulière, il sait jouer des registres, des genres et des techniques pour se réinventer en permanence, traversant ainsi les décennies.

C’est ainsi qu’en 1995 il passe de Casino à Kundun, s’essaye au film pour enfants et à la 3D en 2011 avec Hugo Cabret, ou signe en 1988 La Dernière Tentation du Christ qui fait scandale.

Je m’arrêterais un instant ici sur Kundun, qui m’a toujours paru à part dans la filmographie de Scorcese. Comme une sorte de transition.

Dans les années 80, le réalisateur traverse une période sombre. S’il continue de faire des films remarqués, il cumule drogue et épuisement. Il faut attendre 1990 avec Les Affranchis pour que le réalisateur revienne vraiment au sommet de son art.

Kundun en ce sens m’apparaît comme le film de l’apaisement, Scorcese semble avoir trouvé un équilibre qui transparaît dans sa façon de filmer et les films de cette période ou qui vont suivre confortent cette impression.

Les acteurs et la gloire

Scorcese et le cinéma c’est une longue histoire d’amour qui commence dès l’enfance, puisque souffrant d’asthme le réalisateur passe de longs moments dans les salles obscures. Scorcese aime le cinéma et le cinéma le lui rend bien, puisque dès 1976, il se démarque avec le fameux Taxi Driver qui lui vaut une Palme d’Or. Des récompenses, il n’en cumulera pas moins de 19 en 58 ans de carrière, en partie grâce au don du réalisateur pour s’attacher des acteurs talentueux et en faire ressortir le meilleur.

A l’instar de Tim Burton, Scorcese a ses fidélités. Il aime retrouver les acteurs qu’il apprécie et certains noms reviennent fréquemment au générique de sa filmographie. On peut citer entre autres :

  • Joe Pesci ( 4 films)
  • Harry Northup (4 films)
  • Frank Sivero (5 films)
  • Harvey Keitel (6 films)

Mais parmi la longue liste d’heureux acteurs qui croisent son chemin, deux sont iconiques dans la carrière de Scorcese. Deux acteurs pour lesquels il va agir comme un révélateur de talent, tel un magicien qui transforme l’objet qui passe devant sa caméra.

Robert de Niro

En 1973, lorsque Martin Scorcese rencontre De Niro pour Mean Streets, celui-ci n’est pas à proprement parler un inconnu. L’acteur s’est déjà illustré à l’écran et s’apprête à tourner dans The Godfather Part.2 l’année suivante avec Coppola et face à Al Pacino. Mais sa rencontre avec Scorcese va faire éclater tout son potentiel et leur collaboration donnera au cinéma des films qui resteront dans les mémoires :

  • Taxi Driver (1976),
  • Raging Bull (1980),
  • Les Affranchis (1990),
  • Les Nerfs à vif ( 1991),
  • Casino (1995)

Et ce n’est pas fini puisque la sortie de The Irishman est prévue en exclusivité sur Netflix pour 2019.

Autant dire qu’il est impossible d’évoquer la filmographie de l’un sans parler de l’autre. Scorcese / De Niro c’est un tandem gagnant, une alchimie cinématographique.

DiCaprio

En 1998, un petit jeune homme crève l’écran tandis que coule un gros bateau et que James Cameron fait son shopping aux Oscars. A l’époque, dans un éclair de lucidité aveuglante (et probablement sous l’influence de quelques hormones) je me souviens d’avoir dépiauté sa filmographie avant de déclarer sentencieusement à ma digne mère : Celui-ci, il ira loin. Ce qui la fît rire à l’époque, mais lui coupe la chique aujourd’hui, étant donné que le susdit blondinet a finalement raflé un Oscar bien mérité et cumule 33 ans de carrière pour 8 récompenses. Sic

Les gros bateaux qui coulent, les plages, jouer les Roméo ou les poètes maudits, c’est bien joli (et fort intéressant) mais c’est sa rencontre avec Scorcese en 2002 qui va donner à la carrière de Leonardo DiCaprio une tout autre dimension. Le réalisateur va amener l’acteur à explorer ses capacités dans différents registres, différents genres, du biopic (Aviator, 2005) au thriller (Shutter Island, 2010).

Ensemble, ils vont signer pas moins de cinq films remarquables, sinon emblématiques, de 2002 à 2013 :

  • Gangs of New-York (2002)
  • Aviator (2004)
  • Les Infiltrés (2006)
  • Shutter Island (2010)
  • Le Loup de Wall Street (2013)

Si Leonardo DiCaprio possédait un talent d’acteur naturel, il semble que Scorcese l’ait aidé à se façonner véritablement en tant qu’acteur. L’expérience et la vision du réalisateur ont complété d’une certaine façon l’aisance de l’acteur. En plus de lui ouvrir de nombreuses portes.

Et là encore ce n’est fini, puisqu’il est question d’un autre projet dont le tournage devrait être en cours, Killers of the Flower Moon dont la sortie est prévue pour 2019 et où le réalisateur pourrait réunir ses deux acteurs fétiches.

Le mot de la fin

Ce petit tour d’horizon ne nous aura offert qu’un panorama somme toute succinct des 58 ans de carrière de Martin Scorcese. En considérant la diversité de ses films, je le vois parfois comme un faiseur de miracle. Comme s’il lui suffisait d’une caméra pour se saisir d’un sujet, sublimer un acteur. C’est vrai, il y a quelque chose de magique chez Martin Scorcese. De touchant aussi.

Lorsque on embrasse du regard sa filmographie, on se dit que c’est heureux pour nous qu’il ait eu de l’asthme. Car, assurément, il aurait manqué une pierre à l’édifice du cinéma, si Martin Scorcese n’avait pas été là.

Dernière chose à porter au crédit de ce grand monsieur du cinéma.

Il a fondé en 1990 The Film Foundation, destinée à préserver les œuvres de l’histoire du cinéma. Elle aide à la restauration et préservations de films et d’archives documentaires.

En 2007, sur le même modèle, il co-fonde la World Cinema Foundation pour restaurer et préserver des oeuvres négligées du cinéma mondial.

Les deux fondations se rejoignent sur les objectifs communs : préserver un patrimoine cinématographique, en particulier les films sur pellicule menacés de décomposition.

Ce jour du Festival de Cannes 1998, j’ai aimé le Président du Jury, ému, humble et bien embarrassé. Mais plus que tout et pour longtemps, j’aime le réalisateur, ce magicien du cinéma et son regard si particulier.