L’instinct de l’équarrisseur

Résumé

Editions Folio (SF) Parution : septembre 2004 Prix : 8.90€

Sherlock Holmes et le Docteur Watson existent. Tout autant que le Professeur Moriarty. Si, si. Mais dans une réalité parallèle qui, grâce aux Worsh (des créatures extraterrestres semble-t-il physiquement proches des Ewok), bénéficie d’une technologie avancée.

Et nos comparses ne se lassent pas de faire irruption dans la réalité du bon Docteur Conan Doyle qui aimerait bien de temps à autre être tranquille sans qu’un side-car galactique ne vienne faire un trou dans son plancher ou perturber sa vie conjugale.

Tout ceci est certes très inspirant littérairement mais aussi potentiellement dangereux. Surtout que cette fois, il s’agit de faire obstacle à l’ultime coup d’échec du Professeur Moriarty dans la partie qui l’oppose à Holmes. Un coup qui pourrait bien lui offrir la clef de l’immortalité et une puissance inimaginable s’il gagne.

Mon avis : Nemo me impune lacessit

Ou en latin dans le texte : Personne ne me provoque impunément. Telle est la devise de notre détective consultant parallèle et autant vous dire que ça va maraver du vilain. Quelle histoire mes enfants ! Quelle histoire ! Rien qu’à la mention de cet instinct de l’équarrisseur vous vous doutez que ça va être un peu glauque, mais qu’est-ce-qu’on rigole !

Car le duo Holmes/ Watson que nous propose Thomas Day c’est un sacré tandem ! Qui a à la fois tout et peu de choses à voir avec celui que nous connaissons. Ne froncez pas de suite le sourcil sur le paradoxe, je m’explique.

Si vous êtes familier du Canon, vous n’avez pu que noter qu’occasionnellement Holmes se laisse aller à faire justice selon son éthique, même si il est extrêmement rare de le voir sacrifier une vie. Il me semble de mémoire que cela doit arriver deux fois, Moriarty inclus. Or ce Holmes parallèle lui laisse joyeusement libre cours à ce penchant, mandaté par la Reine en tant qu’assassin pour éliminer la vermine. Oui rien que cela. Et il met du coeur à l’ouvrage, voir même un certain raffinement sadique. Comme disait le roi Loth :

« Pour faire court, vous êtes ici chez les salopards. C’est admis. On n’a pas des idées bien jojos, et on n’a pas peur de le dire ! On fomente, on renégate, on laisse libre cours à notre fantaisie. »

Pourtant cela reste le Holmes que nous connaissons : mutique, froid, détaché, insupportable, mystérieux, drogué et parfois un tantinet arrogant. A ceci près qu’il a une famille et qu’il joue de la harpe indienne. Vous admettrez que le violon faisait clairement plus sérieux.

Mais tout cela s’explique fort bien dans le contexte, puisque le Holmes qui nous est familier est celui très édulcoré raconté par Doyle à la suite de ces aventures mouvementées. Et non le vrai Holmes de la réalité parallèle qui offense un tantinet la pudibonderie britannique de Doyle. Vous me suivez ?

De même le bon Docteur Watson de ce monde parallèle est bien moins tranquille que ce que nous nous. étions imaginé… Et bien plus drôle aussi. Intrépide et extrêmement bon vivant le Docteur Watson, fin gourmet avec le lever de coude alerte. Un peu trop peut-être ? Et un style…détonnant !

Connaisseur du Canon, Thomas Day s’amuse malicieusement à dresser ces reflets décalés des personnages que nous connaissons. Il se sert de leur familiarité pour mieux les déformer et nous entraîner dans son univers particulier.

Si le début a des accents purement holmésiens, ne vous leurrez pas, c’est de la pure science-fiction et si vous êtes un puriste du Canon, il va vous falloir lâcher prise et laissez votre imagination gamberger. D’ailleurs Doyle, Holmes et Watson ne sont pas les seuls à se voir rhabillés façon SF pour l’été, nombre de personnages connus vont y passer tels Jack London, Edison, Tesla, Einstein et j’en passe.

C’est farfelu en diable, parfois un peu trash, il y a des aéronefs, des tentes en peau humaine, des crabes géants à déguster muni d’un calibre 44, des vaisseaux spatiaux et une Arche mystérieuse dotée d’une énergie inimaginable (qui n’a pas été sans faire écho à l’Arche d’Alliance d’Indiana Jones dans ma p’tite caboche). Mais c’est bien écrit et bourré de références, même si sur la fin l’auteur se laisse carrément emporter (trop ?) et qu’ainsi que le disait Mimine :

« Ce roman ne plaira pas à tout le monde, je préfère prévenir. L’ambiance parfois glauque et malsaine que revêt l’histoire par moment, risque d’en refroidir quelques uns. »

Le plus du roman est clairement d’avoir fait de Conan Doyle un acteur à part entière de ces aventures, même si c’est à son corps défendant. Documenté sur la biographie du grand homme, Thomas Day s’en sert avec quelques petits écarts pour faire coïncider notre réalité avec sa science-fiction. Et ça marche plutôt bien, d’autant que pour faire monter sa mayonnaise il nappe le tout d’une bonne dose d’humour (Oh Watson ! Oh Arthur !), d’un Holmes très excentrique (hello Robert Downey Jr qui a pour le coup squatté ma lecture) et de références historiques (cf le quetzacoatlus *).

Au final, cela donne un roman bien agité du bocal, mélangeant joyeusement les genres, mais qui étonnamment passe plutôt bien. La plume de Thomas Day séduit et le cocktail SF-humour-Holmes se laisse avaler, même parfois il pique un peu le gosier, dans le genre tord-boyaux local, si vous me passez la métaphore. Si je m’en suis amusée, tout en fronçant parfois le nez, je gage qu’hélas Mimine n’ait raison et que ce ne soit pas pour tout le monde. A vos risques et plaisirs !

Résultat de recherche d'images pour
« Surprisingly okay« 

Retrouvez la chronique de Mimine

* Le quetzacoatlus n’est pas une invention délirante personnelle de l’auteur, c’est vraiment un ptérosaure ayant vécu en Amérique du Nord il y a 65 millions d’années, correspondant à la description donnée dans le roman.