La Dernière Duchesse : vends jeune fille accomplie contre titre de noblesse

Résumé

Editions Milady. Parution : octobre 2014. Prix : 8.20€

Cora Cash est une jeune fille accomplie : belle, brillante, courtisée, américaine absolument et fabuleusement riche. Tout ce qui pourrait manquer comme joyau à sa couronne est un titre de noblesse ronflant pour conférer toute sa légitimité à sa fortune.

Un petit détail que sa mère est bien décidée à corriger en l’envoyant prestement jouer de ses charmes outre Atlantique, en Angleterre, là où pleuvent marquis, ducs et comtes désargentés qui auraient bien besoin d’une riche héritière pour combler les trous dans la toiture du manoir familial.

Mais si la fortune et ses fastes suffisent en Amérique à faire oublier qu’on est pour ainsi dire un nouveau riche, en Angleterre, la micro-société de l’aristocratie est un monde de requins. Un monde dont le moindre manquement à des règles non-écrites peut vous valoir l’exclusion.
Si une branche bienvenue va mettre sur sa route l’élu tant espéré, il ne suffira pas à Cora s’étinceler sous ses joyaux pour se faire une place.

Mon avis : Comme un air de Downton Abbey

8178zSlfQsLJe ne m’en suis jamais cachée : la romance ce n’est pas ma tasse de thé. Et avec un titre et une couverture comme ceux-ci, il aurait fallu qu’un arbre tombe en travers de ma route pour que je m’y arrête. Sans parler du nom de l’héroïne : Cash…Je vous laisse réfléchir sur la petite subtilité, compte tenu du résumé.

Seulement le devoir m’appelait. Je me devais de vérifier si notre bonne Mimine, submergée par l’enthousiasme d’avoir rencontré Alexandre Astier, n’avait pas tourné la carte en déclarant son coup de coeur à ce roman. J’ai donc pris le Brocoli de Merlin sous le bras (ça sert toujours un Brocoli en cas d’urgence, surtout pour parer la guimauve) et j’ai plongé les yeux fermés, en priant très fort.

Pendant les cinquante premières pages, j’ai eu un peu peur. Notamment car j’avais une violente envie de gifler le personnage de Cora. C’est une enfant gâtée. Insupportablement gâtée. On la sent très superficielle et on a un peu hâte de savoir quand et comment elle va se ramasser l’inévitable retour de bâton.  Remarquez, il faut rendre grâce à l’auteur de savoir la rendre si détestable et de parvenir à nous montrer sa remarquable évolution.
Notons tout de même qu’au départ, il y a des personnages et des fils narratifs dont on ne comprend pas vraiment l’intérêt dans l’histoire. Rassurez-vous : par la suite, le puzzle se met en place et globalement ça s’arrange.

D’ailleurs tout s’arrange plutôt bien à partir du moment où on arrive en Angleterre. On perçoit que l’auteur est sur son terrain de prédilection et a matière à développer son intrigue. Clairement elle lâche les chevaux qu’elle a sous le capot.

Un petit air de Downton Abbey flotte alors sur Lulworth et, ainsi que le soulignait Mimine, l’histoire de Cora semble se confondre avec celle de Cora Crawley, maîtresse de Downton Abbey. Riches et américaines, toutes deux conservent la main sur leur dot mais mettent leur argent au service du domaine de leur britannique époux. L’une m’évoquant presque une possible backstory de l’autre.
Rien de plus normal dans ces ressemblances, me direz-vous, puisque aller chercher époux et titres outre Atlantique semble être une coutume en vogue chez les jeunes américaines de l’époque.

A ce sujet, les coutumes de l’époque, parlons-en car Daisy Goodwin les retrace très bien. On sent bien qu’elle maîtrise le bouzin, à commencer par l’art d’envoyer des fions de façon socialement acceptable et sans trembler du face-à-main, le tout en présence du Prince de Galles.

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A partir du moment où on plonge avec Cora dans ce nid de vipères aristocratique, le roman devient tout bonnement palpitant. Il faut dire que la pauvrette n’y est pas franchement préparée et si elle savait où elle met les pieds, elle en perdrait son sourire ultra bright aussi sec.

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Déjà qu’elle se trimbale une figure maternelle aux petits oignons. Ah la maman de Cora ! Quel modèle d’amour maternel ! Si c’était socialement acceptable, ce serait le genre de femme à poster une annonce du type :

Urgent. Vends cause ambition jeune héritière blindée. Accomplie, éduquée. Fabuleuse dot. A céder pour mariage contre titre prestigieux.

Et ne va pas te séparer d’avec ton mari après tous mes efforts ma fille, même si tu penses qu’il te cocufie et que tout le monde le sait.

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Ceci dit, niveau putasseries, si vous me passez l’expression, on a globalement un petit festival, des domestiques (coucou le maître d’hôtel) à la belle-mère dictatrice, en passant par le cercle de relations. Autour de Cora c’est un véritable carcan social de conventions et de relations qui se dresse à partir de son mariage. Un faux pas et c’est l’exclusion, la punition. De façon socialement convenable, attention !

Mais la palme de l’insupportable revient incontestablement à ces messieurs. Odo est un infâme personnage qui ne supporte pas que son épouse ne lui appartienne pas corps et âme. Teddy se vit en preux chevalier volant au service de sa belle, dès lors que l’objet de sa convoitise est hors de sa portée et qu’il sait l’avoir perdu. Quant à Ivo… Eh bien il vous faudra lire pour savoir ce qu’il vaut car c’est là l’objet du roman. Mais, sachez-le, nous avons en conversation éditoriale évoqué différents adjectifs relativement fleuris à son sujet avec le Brocoli.
Au final ces personnages parfois proprement imbuvables sont pour le moins fidèles avec la mentalité masculine de leur milieu et de leur époque. Capricieux, possessifs, leurs épouses sont des biens dont ils disposent sans état d’âme et avec une considération proportionnelle à leur dot.

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Le dénouement de tout cela est à la fois juste et terriblement frustrant. Juste parce-que cela correspond à un réalité historique. Cora n’a pas vraiment d’alternatives autre que de dépendre d’un homme, en dépit de son indépendance financière. Frustrant, car trop prévisible à mon goût. Même en se laissant prendre au jeu et en appréciant sa lecture, on voit les choses venir.

Sans être un coup de coeur, La Dernière Duchesse est un roman qui se laisse lire sans problème et qui se révèle bien moins mièvre que ce que l’on pourrait penser à première vue. Grâce à sa maîtrise du contexte historique, Daisy Goodwin parvient à tisser une toile intéressante qui nous immerge dans ce milieu si particulier. Et ce petit parfum bien maîtrisé de Downton Abbey n’est pas pour déplaire et fait passer bien quelques défauts.

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