Have you met Jeremy ?

Je suis bien consciente qu’avec un tel titre, on pourrait croire que je vais vous présenter un candidat de la Star Academy (pour les moins jeunes d’entre nous) ou de The Voice (pour les plus jeunes). Pourtant, celui qui fait l’objet de ce Have You Met est bien éloigné de ce type de personnage, même s’il est passé par un télé crochet.

Lorsque Bigre m’a proposé de prendre une figure marquante pour ce premier Have You Met de 2019, immédiatement j’ai songé qu’une bonne dose d’humour noir serait de bon augure pour démarrer l’année en fanfare.

Grinçant et caustique, son humour choque, surprend, dérange, séduit, secoue, parfois déroute, mais ne laisse personne indifférent. Ne revendiquant aucun étendart d’aucune sorte, il décortique avec acidité les sujets qui fâchent, offrant ainsi à son auditoire le recul nécessaire pour analyser les choses. Aller toujours plus loin pour être sûr ne pas être pris au premier degré est une évidence, une nécessité pour lui. Empruntant à la liberté de ton de Desproges, il a su conquérir un large public qui lui a ouvert les portes de salles prestigieuses. Devenu désormais une figure incontournable de l’humour, il ne cesse de se réinventer à travers de nouveaux projets.

Alors…

Have you met Jeremy Ferrari ?



Fiche signalétique

Nom complet : Jeremy Larzillière dit Jeremy Ferrari (du nom de famille de sa mère)

Date de naissance : 6 avril 1985

Nationalité : française

Profession : comédien, humoriste, auteur, producteur

Signes distinctifs : corrosif. Sportif. Insatiable



Jeremy Ferrari : Itinéraire d’un enfant terrible

Originaire de Charleville- Mézières, comme Rimbaud qu’il incarnera d’ailleurs au théâtre, Jeremy Ferrary quitte à 17 ans le cocon familial et le lycée d’un commun accord avec l’éducation nationale, comme il le dit lui-même. S’il est un élève dissipé, ses professeurs ont su vite déceler chez lui un talent inné pour les planches. C’est donc après un premier one-man show monté par Bruno Nion son professeur de théâtre, qu’il monte à Paris, sur les conseils de ce dernier, pour y faire ses premiers pas de comédien.

Arrivé dans la capitale, il va se frotter aux planches mais également enchaîner les petits boulots pour subvenir à ses besoins : professeur de jujitsu, coursier, conseiller de clientèle chez Orange… Il va de galère en galère pendant dix ans. Son humour fait peur et il fait face à nombreux refus. Même si à plusieurs reprises, il est prêt à passer l’éponge, il ne lâche pourtant pas la scène, joue au théâtre et écrit son premier spectacle. Cependant en 2010, criblé de dettes et fatigué, il s’apprête à tout arrêter lorsqu’une porte s’ouvre : il est pris parmi les candidats de l’émission de Laurent Ruquier, On n’demande qu’à en rire.

On n’demande qu’à en rire : prélude à la gloire.

Et là, le miracle se produit

Il est découvert par le grand public, tandis que son style et son humour noir l’aident à se démarquer des autres candidats. Durant ses deux saisons d’émission, il rencontre aussi ceux qui vont devenir des partenaires de scènes et des amis précieux comme Arnaud Tsamère ou Guillaume Bats.

L’émission agit véritablement comme un tremplin, un révélateur pour Jeremy Ferrari. Elle lui offre la reconnaissance du public et la liberté de parole qui va avec, et qui lui manquait tant. Désormais, on le réclame sur les plateaux de télévision. Il ne fait plus peur, il fascine. Il est celui qui ose rire de tous les sujets.

Halleluiah Bordel ! La consécration

Porté par le succès de On n’demande qu’à en rire, en 2010 Jeremy Ferrari repense et remanie son spectacle Mes 7 péchés capitaux qu’il avait monté en 2007 et monte sur scène avec une toute nouvelle version : Hallelujah Bordel !

Incisif et caustique au possible, le spectacle frappe fort en se décortiquant et comparant les textes des grandes religions monothéistes. Judaïsme, catholicisme, islam, chacun en prend pour son grade dans ses absurdités, ses contradictions et ses aberrations.

Pas question de prendre parti ! Des faits, rien que des faits ! Jeremy ramène les livres sacrés sur scène et les laisse à la disposition du public pour que celui-ci puisse vérifier les passages cités. Même chose pour les dépêches de l’AFP.
Autodidacte, à l’instar d’un certain Alexandre Astier, Jeremy Ferrari prend le temps de se documenter et de se renseigner auprès de personnes compétentes en la matière avant d’aborder son sujet. On ne part pas baguenauder en terrain miné sans avoir étudié son itinéraire.

Pour autant il se refuse à prétendre à faire figure d’expert et c’est bien ce mélange entre humilité, documentation et humour noir qui lui permet d’aborder les choses sous un angle intelligent. Une recette efficace qui fait mouche et séduit de plus en plus de monde.

Preuve en est : si Jeremy Ferrari ne manquera pas de recevoir nombre de menaces diverses et d’insultes, ce n’est que la rançon de la gloire. Le spectacle se jouera à guichet fermés et tournera pendant quatre ans sur la France, la Belgique et la Suisse, rassemblant 200 000 spectateurs.

Vends deux pièces à Beyrouth : Géopolitique, humour et terrorisme

Vous l’aurez deviné, ce garçon n’est pas du genre à s’arrêter en si bon chemin. Il monte dans la foulée sa maison de production Dark Smile Productions et en profite pour produire les collègues. Au passage il monte le Smile & Songs Festival en 2014, parraine le Montreux Comedy Festival, joue les chroniqueurs à la radio et la télévision (sans renoncer à sa liberté de parole), part faire de l’humour à Abidjan et en ramène un gala d’humour africain Sans Visa. Les deux festivals connaissant un vif succès et s’étant pérennisés depuis avec plusieurs éditions.

Il co-écrit les spectacles de Constance, Guillaume Bats, Laura Laune, partage la scène en trio avec Arnaud Tsamère et Baptiste Lecaplain, rédige un livre complémentaire à Hallelujah Bordel. Tout cela avant de se mettre à l’écriture de son propre spectacle Vends deux pièces à Beyrouth, sur lequel il planche durant deux ans, creusant son sujet par de longues études.

Terminé en 2015, Vends deux pièces à Beyrouth traite donc de la guerre, de géopolitique et … de terrorisme ! Le tout en plein dans le contexte des attentats du Bataclan. On n’aurait pu difficilement faire plus à propos et moins dangereux. Oups !

S’il a pleinement conscience du risque, pas question de reculer pour Jeremy Ferrari. En dépit de la peur, il se jette à l’eau et le public le suit. Avec raison !

Vends deux pièces à Beyrouth est un exutoire, une brillante façon d’exorciser la peur par le rire et, encore une fois, de prendre un recul nécessaire sur la situation.
Pas question de contourner le sujet du terrorisme. Jeremy l’attaque en frontal, ouvrant le spectacle avec les événements du Bataclan. Allez hop ! Direct dans le grand bain ! Une bonne façon de plonger dans le sujet et de décrisper l’ambiance.

Au menu : l’armée, la géopolitique mondiale, la colonisation, les deux conflits mondiaux, les organisations terroristes, les petits arrangements au sommet entre amis, les organisations humanitaires aussi… Tout cela est passé au crible de façon sarcastique, caustique mais toujours factuelle. Comme toujours avec Jeremy, les sources sont vérifiées et disponibles en fin de spectacle. Et craignant qu’on ne soit frustrés par une pénurie d’informations, il nous écrit là-aussi le livre Happy Hour à Mossoul. Histoire de continuer à rire jaune.

Le risque pris est énorme dans le contexte mais le spectacle est une totale réussite. Il tourne jusqu’en 2018 et est acclamé tant par le public que par la critique.

En parallèle de tout cela, ce bourreau de travail continue ses activités de production, exporte ses spectacles à l’étranger, par exemple à Londres, Montréal et San Francisco, fait du sport en pagaille, offre une maison à ses parents, va discuter avec des détenus pour faciliter la réinsertion, voyage…
Ah et puis comme il trouve que décidément question DVD, les distributeurs se paient la tête du monde, il se fait distributeur avec Dark Smile Editions, afin de pouvoir offrir à son public ses DVD au petit prix de 9.99€. Pourquoi s’en priver ?

Dark Smile Shop

Jeremy Ferrari : peut-on rire de tout ?

Jeremy Ferrari est un phénomène. Un ovni qui illustre pour moi la citation de Beaumarchais: Quant on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur.
En s’attaquant sans tabou à des sujets brûlants par le biais de son humour noir, Jeremy Ferrari nous exorcise, nous libère de cette peur, mais aussi parfois d’inhibitions que les conventions sociales ont dressés vis à vis de certains sujets. Ses spectacles jouent le rôle d’une forme de catharsis bienvenue dans l’inconscient collectif.

En toute sincérité, je ne pense pas qu’il écrive dans ce but ou qu’il ait prétention à quoi que ce soit. Il est clair que ce monsieur ne se perçoit ni comme un donneur de leçons, ni comme un grand penseur ou un intellectuel. Il le fait car cela lui semble juste. Il le fait car le sujet l’interpelle. Il le fait car sous cet humour au vitriol, sous cette parole sans fards qui s’assied ostensiblement sur le politiquement correct, se cache une certaine sensibilité. C’est probablement pour cela aussi qu’il parvient à toucher les gens.

A ceux qui diront qu’il va trop loin, à ceux qui préféreraient le voir modérer son propos, je rappellerais ses paroles (que vous retrouverez dans l’interview ci-dessous) :

« Le fait d’aller extrêmement, extrêmement loin, permet au spectateur de prendre du recul. C’est à dire que la violence extrême, totalement abusive, permet au spectateur de se dire : il ne peut pas être sérieux. »

En attendant, on ne peut qu’admirer le parcours de cette figure insolite et autodidacte qui, en dépit des galères, a fini par tracer son chemin à la pointe d’une plume acide mais intelligente. Bien entendu, cet éternel insatiable a d’autres nouveaux projets en tête et un nouveau spectacle sur la santé cette fois mitonne déjà.

Pour ma part, j’espère que cet esprit brillant continuera de nous secouer et de nous surprendre, sans perdre de son intégrité et de sa fraîcheur, car il me semble apporter quelque chose de définitivement salutaire.

Sources

 

Have you met...

juneandcie View All →

“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

6 commentaires Laisser un commentaire

  1. A reblogué ceci sur Bigrebloget a ajouté:
    Il est jeune, il est beau, il est irrévérencieux et c’est justement cela que l’on aime.
    Cette semaine, la Califette vous présente donc un génie de l’humour noir, qui plait ou ne plait pas, mais toujours, interpelle.
    Alors, vous connaissez ce bon Jeremy?

    Aimé par 1 personne

  2. Très bon article faisant la synthèse de ce qu’on a pu apprendre de lui au cours de ses différentes interviews et de son très émouvant documentaire.
    Juste 2 petites remarques Hallelujah s’écrit avec un j et non un i et une curieuse phrase : « Abidjan et en ramène un ramène un gala d’humour africain Sans Visa. »

    Mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année

    Aimé par 1 personne

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