L’irrésistible Mr Darcy.

Evidemment après avoir lu le dernier opus de Bridget Jones, Folle de lui, je suis allée relire les deux premiers et ce qui devait arriver, arriva. Je suis en pleine crise de Darcyite aiguë.

Qu’il soit Mark ou Fitzwilliam, du XXème siècle ou du XIXème, on est toutes, ou presque, tombées sur le charme de cet homme-là.

Mais pourquoi ?

 L’homme vulnérable.

Sur le papier ou sur grand écran, la première approche de Mr Darcy n’est pas vendeuse. Il est froid, distant, arrogant, peu communicatif. Le monde entier semble lui porter sur le système et en particulier la malheureuse représentante de la gente féminine que l’on tente de lui imposer. Que ce soit Elisabeth ou Bridget, dans les deux cas, elle se voit fustigée socialement.

Il n’y a pas à dire cet homme-là a le chic pour mettre une femme à l’aise et la charmer…

Et pourtant, ce cher Mr Darcy va nous surprendre et nous faire tomber sous le charme. Car, sous l’armure rutilante de l’homme riche, cultivé, parfait, mystérieux, taciturne et très imbu de lui-même se cache un gentleman et ses blessures.

Raison n°1 pour craquer: il aime les filles normales

Riche, cultivé, avec une bonne situation, ce ne sont pas les candidates de bon pedigree qui manque à notre brun ténébreux. Que ce soit Caroline Bingley qui convoite le domaine de Pemberley  au fil des bals, la longiline Natascha ou l’infâme Rebecca qui écument les soirées mondaines en quête de sa présence, à travers les siècles, le monsieur a une cours de plus distinguée. Mais, et c’est bien le point qui nous touche, ce ne sont pas les filles  socialement ou physiquement parfaites ou presque qui l’attirent.

Elisabeth Bennet est trop pauvre, insolente, prompte à juger et ne sait pas tenir sa langue ? Qu’importe  ! C’est elle qui emportera son coeur. Bridget Jones est une fichue gaffeuse, inculte, maladroite et complexée mais pleine de vivacité ? C’est à elle qu’il proclamera son amour et enverra d’un crochet du droit, valser son rival dans la neige.

Et soyons franches, qu’un homme tel que lui fasse un choix pareil, ça nous met du baume au coeur. C’est carrément bon pour notre ego.

Raison n°2 qui va nous faire craquer: il n’est pas parfait.

Darcy n’est pas décrit comme l’homme idéal. Il est bien éduqué, a du charme et est séduisant. Mais ce n’est pas un sex-symbol de base. C’est son attitude romanesque et mystérieuse qui va lui conférer cette aura.  Il n’apparaît donc pas comme complètement inaccessible et ça, c’est rassurant.

Par ailleurs, outre son fichu comportement en société, Mr Darcy n’est pas un homme parfait:

  • Il est jaloux. Il l’est vis-à-vis de Daniel Cleaver pour les beaux yeux de Bridget, comme il l’est en 1813 vis-à-vis de George Wickham pour ceux d’Elisabeth. Prêt à tout pour les yeux de sa dulcinée, si insupportable soit-elle ? So romantic, Mr Darcy !
  • C’est un homme blessé et protecteur. Cocufié avec son ex-épouse par Daniel Cleaver peu de temps après son mariage, Mark Darcy semble avoir du mal à se remettre en selle et à faire confiance. Et quand Bridget se retrouve prise dans d’atroces quiproquos (Bridget, quiproquo, pléonasme), il réagit sans prendre le temps d’analyser la situation. En 1813, le beau Fitzwilliam ne pardonne pas à Wickham l’affront qu’il a fait à l’honneur de sa jeune soeur Georgiana et la tromperie avec laquelle il l’a abusée. Et il portera cela comme un fardeau jusqu’au jour où il pourra enfin retourner les choses en épargnant l’honneur de la soeur cadette d’Elisabeth.

 Le chevalier blanc.

Comme tout héros romantique qui se respecte, Mr Darcy  va voler au secours de l’élue de son coeur au moment où l’on pense que celle-ci a définitivement perdu tout crédit à ses yeux par ses paroles ou par l’attitude irresponsable d’une soeur ou d’une mère écervelée et insupportable.

Non seulement, il va tout mettre en oeuvre pour la sortir d’une irrémédiable déchéance, allant à l’encontre de ses principes, mais il va le faire en secret. Car, en bon héros qui se respecte il est modeste et estime que cela fait partie de son devoir et c’est un gentleman.

A ce stade-là, on a déjà un sourire un sourire béat et les yeux brillants d’adoration. C’est alors qu’il donne le coup de grâce : il se remet en question.  Oui, messieurs, dames, Mr Darcy est un spécimen masculin rare, parmi les héros littéraires, qui avoue qu’il a pu avoir tort, que ce soit dans le passé ou le présent, homme moderne ou pas. Et là, pour le coup, ça nous coupe la chique. C’est le point ultime qui nous met à ses genoux… Outre le fait qu’il est séduisant, cultivé, chou, vulnérable, romantique, mystérieux et héroïque !

Du héros de roman au grand écran: Mr Darcy, une question de casting.

Vous allez me dire : Tout ça c’est très beau, June, mais des héros comme celui-là, il n’y en a pas qu’un. 

C’est vrai.

Sauf que traversant les siècles, celui-ci va faire un bond de 1813 à 1996, prendre un joli coup de jeune sous la plume d’Helen Fielding et surtout rencontrer son interprète ultime qui, de Fitzwilliam à Mark, en fera l’élu de nos coeurs : Colin Firth.

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Se baser sur Pride & Prejudice était déjà en soi un coup de génie de la part d’Helen Fielding. Mais le hasard ou une heureuse bénédiction veut qu’un an auparavant, en 1995, soit diffusée en mini-série sur BBC, l’excellente adaptation d’Orgueil et Préjugés avec Jennifer Ehle et Colin Firth où ce dernier fera si forte sensation dans la scène du lac.

A partir de ce moment-là, il est Mr Darcy dans l’esprit du public.

Alors quand en 2001, il s’agit d’adapter Le Journal de Bridget Jones au cinéma, l’illumination est de demander à Colin Firth, d’incarner Mark Darcy, alors que l’héroïne du roman fantasme sur Mr Darcy et va même interviewer son interprète, Colin Firth, dans le second volet de la saga. Le caméo ultime.

Mais pourquoi une telle fusion entre l’acteur et le personnage ? Certes, le petit jeu de caméo va accentuer les choses, mais pour beaucoup, dont je fais partie, Colin Firth est le Mr Darcy.

Physiquement, il incarne le rôle. Ce n’est ni Brad Pitt, ni Georges Clooney, ni Chris Hemsworth ou Robert Downey Jr, il ne représente pas la bombe sexuelle du moment. Mais il est brun, ténébreux, très britannique, bourré de charme et séduisant. Il colle parfaitement à l’image de Mr Darcy en somme.

Et il va se glisser dans le personnage avec une aisance stupéfiante, une expressivité dans le regard qui va pleinement exprimer toute sa complexité, ses débats intérieurs, sa vulnérabilité. Acteur talentueux, Colin Firth sait jouer des nuances sans pourtant casser l’image de ce personnage taciturne et en apparence impassible. Darcy est un homme qui économise ses paroles et pèse ses mots, peu importe, Colin Firth va lui faire séduire le monde d’un regard. Et c’est là que toute la magie va opérer.

Je n’ai de cesse de le répéter, certains acteurs sont faits pour rencontrer un personnage, un rôle. Et quand cela se produit, la rencontre est tout simplement magique. Lorsque Colin Firth a rencontré Mr Darcy, que ce soit celui d’Helen Fielding ou de Jane Austen, il a su saisir tout ce qui nous fascinait chez ce personnage de papier et lui donner vie.

« I shamelessly stole the plot fromPride and Prejudice for the first book. I thought it had been very well market-researched over a number of centuries and she probably wouldn’t mind »

Helen Fielding

Daily Telegraph du 20 novembre 1999

Et c’est là que la légende commence…

Et finalement, tout cela nous a bien compliqué la tâche, car sachez-le messieurs, au fond de nous, on cherche toutes notre Mr Darcy