Malavita

De Tonino Benacquista, je vous avais déjà présenté Saga, roman délirant et hilarant autour du métier de scénariste et des séries télés.

Aujourd’hui, je vous propose de changer d’univers avec Malavita. Roman en deux volets mais aussi film, puisque pour la seconde fois après Les Morsures de l’Aube, Benacquista s’est vu adapté au cinéma en 2013.

Résumé.

a76460Editions Gallimard.  Parution : 2004

Prix : 19.90€ Prix Kindle : 7.99€

Giovanni Manzoni est un mafieux pur et dur, qui baigne dans l’univers du crime organisé depuis l’adolescence. Pourtant, il a trahi son clan et le voilà placé avec sa famille sous la garde du service de protection des témoins du FBI.

Nouveau nom, nouvelle vie… sous surveillance permanente, car nombreux sont ceux qui veulent sa peau. Mais mafioso un jour, mafioso toujours. Et même lorsqu’il s’agit de se faire discret, les mauvaises habitudes ont la vie dure.

Et voilà Maggie, Belle, Warren et la chienne Malavita de nouveau relogés dans un petit patelin du fin fond de la Normandie, Cholong-sur-Avre. Sous le nom de Blake, chaque membre de la famille tente de faire face aux problèmes d’adaptation… à sa manière.

Autant dire que l’agent Stansfield, en charge de leur protection, n’est pas au bout de ses sueurs froides. Et les choses se corsent encore davantage lorsque Giovanni se met en tête d’écrire ses mémoires et décide dans sa nouvelle vie d’enfiler le costume d’un écrivain en quête d’inspiration pour son ouvrage imaginaire sur le débarquement. Un alibi qui ne peut que tourner à la catastrophe quand on sait qu’il s’agit d’un homme pouvant évoquer toute une palette d’émotions avec le seul mot « Fuck »…  Mais l’heure n’est pas à la rigolade, car nombreux sont les hommes de Don Luschese qui sont près à tuer père et mère pour leur faire payer la trahison.

Mon avis.

La Malavita ou mauvaise vie est un terme italien, utilisé pour désigner la Mafia. De façon ironique, dans l’ouvrage, c’est la chienne de la famille qui porte ce nom.

Il y a beaucoup d’adjectifs qui me viennent à l’esprit quand je pense à Malavita : hilarant, cynique, haletant, rythmé, cinéphile, décalé. Mais celui qui résumerait tout c’est : savoureux. Autant sur le style que sur le fond. Les répliques sont affûtées comme des lames, les situations sont taillées au cordeau, les références aux films du genre fourmillent et le tout vient s’envelopper des odeurs alléchantes de la cuisine italienne. Un régal !

C’est un roman avec une petite dose d’humour noir et une bonne louche d’ironie où je m’amuse comme une petite folle. La relation notamment entre l’agent Stansfield et Giovanni est une véritable passe d’armes permanente qui donne lieu à des scènes d’anthologies comme celle du ciné-club dont nous reparlerons plus loin.

Dans la famille Manzoni, on n’a pas l’habitude de s’embarrasser de manières pour résoudre les problèmes. D’ailleurs quel problème ? Tant qu’il n’y a pas de corps, il n’y a pas de problème. Et s’il n’y a pas de problème, on est intouchable. Voilà, du moins la façon de voir de Giovanni Manzoni, nostalgique de son ancienne vie.

Et Giovanni Manzoni est un personnage haut en couleurs, sinon en caractère. Il faut veiller à ne pas lui répéter à deux fois le mot « Non » car son amabilité peut se révéler aussi dangereuse que sa colère. C’est un homme de main et d’action, de cause et de conséquences au fort tempérament, sans réel sens de la nuance ou de la mesure. Voici d’ailleurs comment ses enfants Belle et Warren en font le portrait.

– Trois mois qu’il s’enferme dans sa putain de véranda, dit-il, tout son vocabulaire doit y passer plusieurs fois par jour.
– Dis que ton père est analphabète …
– Mon père est un Américain de base, tu as oublié ce que c’était. Un type qui parle pour se faire comprendre, pas pour faire des phrases. Un homme qui n’a pas besoin de dire vous quand il sait dire tu. Un type qui est, qui a, qui dit et qui fait, il n’a pas besoin d’autres verbes. Un type qui ne dîne, ne déjeune et ne soupe jamais : il mange. Pour lui, le passé est ce qui arrivé avant le présent, et le futur ce qui arrivera après , à quoi bon compliquer ? As-tu déjà listé le nombre de choses que ton père est capable d’exprimer rien qu’avec le mot « fuck » ?
– Pas de cochonneries, s’il te plait.
– C’est bien autre chose que des cochonneries. « Fuck » dans sa bouche peut vouloir dire : « Mon Dieu, dans quelle panade me suis-je fourré ! », ou encore :  » Ce gars-là va me le payer cher un jour », mais aussi « J’adore ce film ». Pourquoi un type comme lui aurait besoin d’écrire.

Rien que son personnage suffit à être l’élément perturbateur qui lance le récit et à y apporter une sérieuse touche de rire et d’animation. Mais les autres membres de la famille ne sont pas en reste, car les chiens ne font pas des chats. Alors autant vous dire qu’à Cholong-sur-Avre, ils vont devoir s’accrocher parce-qu’il va y avoir de l’animation. Pour notre plus grand bonheur.

A savoir.

Après Malavita, les aventures de la famille Manzoni ont eu l’honneur d’un second opus, tout aussi hilarant, Malavita encore. De Blake, la famille est devenue Wayne et se tient tranquille depuis sa mésaventure de Cholong-sur-Avre. Les enfants ont grandi et tentent de se lancer dans leur propre vie. Maggie, lasse de la maison vide, décide pour s’occuper en se lançant dans une petite entreprise de traiteur italien. Giovanni, dont le livre a été miraculeusement publié, se retrouve donc seul et désœuvré, face à son pire ennemi, lui-même…

L’agent Stansfield n’est pas prêt de goûter une retraite paisible…

Malavita, au cinéma.

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Copyright EuropaCorp

Sortie : Octobre 2013

Réal. Luc Besson

Producteur : Martin Scorcese

Casting : Robert de Niro, Michèle Pfeiffer, Tommy Lee Jones, Dianna Agron,  John D’Leo.

 

 

 

Voilà typiquement un film sur lequel je suis en contradiction avec le reste du monde. Je ne vais pas crier au génie, j’ai préféré le livre. Mais je ne m’explique pas que le film n’ait pas plus marché que cela et que l’auteur ne l’ai pas apprécié.

Certes, il y a un « peu faire mieux dans l’ensemble », car certains aspects auraient pu être plus poussés ou sont un peu paresseux. C’est un divertissement du dimanche soir classe VIP en somme. Pas excellent mais pas non plus un navet inavouable. L’adaptation est largement meilleure que celle du Malaussène de Pennac dont la seule bande-annonce m’a donné le hoquet. Meilleure et fidèle en tous cas. Pour ma part, je redoutais, en dépit du casting, une catastrophe, j’ai été agréablement surprise et je me suis bien amusée. Je dirais même que je l’ai plus apprécié au second visionnage qu’au premier.

En réalité, je pense que le film a été jugé coupable car, aux vues des critiques sur AlloCiné, les gens sont allés voir un Besson avant tout. Sans connaître le livre. Or, ne cédant pas à sa tourette visuelle habituelle de faire péter des voitures de flics à tout va (pour une fois !), Luc Besson s’en est tenu au livre et à ses références cinématographiques, parfois même littéralement pour certaines scènes. De fait, le résultat est plutôt fidèle et conserve l’esprit du livre.

D’ailleurs, le casting est en ce sens un petit cadeau. Je ne m’étais pas spécialement fait une images des membres de la famille Manzoni, mais je n’ai pas eu du tout eu la sensation d’être en décalage avec celle qui m’en était proposée. Chacun dans son registre donne une interprétation très juste du personnage.

L’idée de prendre De Niro pour le rôle titre était une excellente inspiration qui a un petit côté parodique/mise en abîme, qui me plaît énormément. Après tout, qui pouvait mieux jouer un mafieux repenti.

Quand à son duo avec Tommy Lee Jones ! C’est la petite touche qui fait tout. Son tandem avec Michèle Pfeiffer en tant que couple est très bon, mais la magie qui opère avec Tommy Lee Jones est un régal et atteint son summum dans la scène du ciné-club. Permettez que je contextualise : Giovanni a miraculeusement réussi à faire illusion en train qu’écrivain préparant un ouvrage sur le débarquement. Aussi, se retrouve-t-il invité par le ciné-club local pour une projection d’un film sur le sujet. Histoire de faire monter la tension de l’agent Stansfield, il accepte. Et ce dernier se voit contraint de l’accompagner pour encadrer les choses. Ironie du destin, au moment de la projection il y a eu erreur sur la bobine et c’est un film sur la mafia, Les Affranchis, que Giovanni va devoir commenter…

Je vous laisse imaginer la scène qui va se dérouler, vous en apercevrez des bribes dans l’extrait en fin d’article. Mais ce moment du film est juste merveilleux. A pleurer de rire. Non seulement la mise en abîme est double : De Niro jouant un ex-mafioso qui regarde un film sur la mafia avec De Niro.  Versus Giovanni Manzoni repenti de la mafia commentant un film sur la mafia. Excusez l’ironie. Mais en plus le duo De Niro / Tommy Lee Jones fait un dialogue de regards et d’expression, juste excellent.

Rien que pour ce moment, je pourrais pardonner les écarts du film.

En film ou en roman, Malavita est, selon moi, un petit bonheur à tous points de vue. A tout choisir, je vous conseillerais le roman plutôt que le film, qui est tout de même un peu en dessous. Mais tant qu’à faire, si le livre parvient à vous séduire, vous ne perdrez rien à occuper un dimanche après-midi maussade en retrouvant la famille Manzoni sur petit écran.

15 commentaires

  1. Je fais partie des gens qui ont adoré le livre et vraiment pas aimé le film. Je ne savais pas que Benacquista avait donné un avis négatif sur le film, mais personnellement, je comprends. Pour moi, il a caricaturé les personnages du livre et enlevé toute la subtilité qu’on trouve chez l’auteur. Après, c’est vrai que la scène du ciné-club est génial, mais pour moi c’était un peu la seule chose…

    Aimé par 1 personne

    1. J’aime énormément le style de Benacquista et certes, les personnages sont moins fins que dans le livre, mais il y a parfois des subtilités dans l’écriture, difficilement transcriptibles à l’écran, du moins sans faire un film de 3h ou qui ne soit pas inaccessible au plus grand nombre; L’erreur pour moi se situait là, on a voulu faire un film qui toucherait le plus de monde possible, notamment ceux qui n’avaient pas lu le livre. Or, ceux qui voulaient du Besson pur, ont été déçus. Et ceux qui aimaient le livre n’ont pas trouvé le film à la hauteur. Pour ma part, le second visionnage m’a étonnement laissé un goût moins amer que le premier et je me suis beaucoup plus amusée.

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  2. Jamais v u le film mais comme je suis assez fan de Benacquista à la base …
    A part « Malavita » ou « Les morsures de l’aube », je conseille aussi « La maldonne des sleepings » et « La commedia des ratés ». (La Maldonne des sleepings » a aussi été adpatée)

    Aimé par 1 personne

  3. Tu vois, je n’ai pas aimé le film. Bref, ceci m’arrive malheureusement très/trop souvent mais tu viens de m’apprendre que c’était l’adaptation d’un livre. Et ça, c’est plutôt cool à savoir.

    Aimé par 1 personne

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