Légende.

Oyez compagnons ! Venez près du feu. Venez rejoindre mes valeureuses compagnes des Petits Pédestres, Broco le Hobbit, Isa La Rousse, le Charmant Petit Monstre  et laissez-nous vous conter la dernière grande bataille de Druss, le Capitaine à la hache. La bataille de Dros Delnoch.

Venez entendre l’histoire d’hommes ordinaires devenus des guerriers défendant dans un combat désespérée la plus grande des forteresses drenaïes face aux terribles armées nadires. Venez… Et entrez dans la Légende. 

Résumé.

Editions Bragelonne/ Milady. Parution originale : 2005

Prix grand format : 20€  Prix Poche :8.20€

Talisman le jeune guerrier nadir est désormais devenu Ulric, grand unificateur du peuple nadir. Après avoir fait payé aux Gothirs des années d’humiliation et de massacres de son peuple, le regard de ce dernier se porte désormais vers les terres drenaies. Pour élever les Nadirs au dessus de tous, il veut désormais construire le plus vaste des empires et sa route passe par la forteresse de Dros Delnoch. Mais le comte Delnar, protecteur du Nord n’est pas décidé à leur laisser la place, en dépit de son manque d’effectifs. Rongé par le cancer, acculé par l’urgence, il envoie sa fille Virae quérir l’aide de Vintar, abbé des Trente et envoie une missive à un vieil ami. A celui aux côtés de qui il a combattu par le passé, au vainqueur de la Passe de Skeln.

Druss la Légende.

Bien qu’affaibli par les années, celui n’en prend pas moins le chemin de Dros Delnoch. Par delà les murs, le vieux guerrier a rendez-vous avec la mort pour une dernière danse et l’homme n’est pas du genre laisser ses adversaires avoir l’avantage.

Mais l’aura de Marche-Mort saura-t-elle suffire à rendre huit mille guerriers invincibles face à un demi-million de nadirs ? Une défaite n’est-elle jamais jouée d’avance, comme l’affirme Druss ?

Mon avis.

Et nous y voilà… Le tome précédent nous l’avait prédit mais à présent nous y sommes. Sur les remparts de Dros Delnoch, la dernière grande bataille de Druss. 

Et même si ce dernier sait qu’il est l’heure de faire face à son destin, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’a rien perdu de son allant. Ainsi il accueille l’émissaire d’Ulric au pied de la forteresse avec des formules diplomatiques très choisies:

« […] En attendant transmets-lui ce message de la part de Druss, le Marche-Mort : au nord, les montagnes tremblent peut-être quand il pète, mais ici nous sommes sur les terres drenaïes, et en ce qui me concerne, je pense que c’est un sauvage bedonnant qui serait incapable de trouver son nez s’il n’avait pas une carte drenaïe. 

Tu penses que tu vas pouvoir t’en souvenir, mon garçon ? Ou est-ce-qu’il faut que je te le grave sur le cul, en grosses lettres ? « 

Donc là, c’est clair, ils vont tous mourir, on va tous mourir. Car, bedonnants ou non, on ne rigole pas avec les Nadirs. Surtout à huit mille contre un demi-million. Sans compter qu’Ulric en a encore sous le coude.

Même avec six murs entre les deux, un groupe de prêtres guerriers, un devin, un berserk (*), et une légende à la hache, il ne faut pas trop les chatouiller les Nadirs. Tu peux leur dire que leur mère est une chèvre à la rigueur mais pas insulter leur honneur. Et encore moins leur proposer de leur graver des choses désobligeantes sur la partie boulière de leur anatomie.

Ce n’est pas donc pas une partie de rigolade qui s’annonce à Dros Delnoch, or de la tenue de la forteresse dépend l’avenir de tout le peuple drenaï. Autant dire que les gars ont clairement la pression, sauf que pour beaucoup, ce sont de bons fermiers venus défendre leurs terres et dans l’espoir d’un peu de gloire, mais pas des vétérans. Certes, Druss va se charger de remettre tout ce beau monde à niveau et en ordre de bataille, mais quand tu n’as jamais été au coeur de la guerre, ça peut impressionner. Surtout celle-ci de guerre.

« Ce qui est étrange avec les sagas, fit remarquer Rek, c’est qu’elles ne te parlent presque jamais des bouches sèches et des vessies gonflées. »

Eh bien mon cher Rek, tu n’as jamais lu du Gemmell, car là tu en as des vessies gonflées, à l’intérieur, à l’extérieur aussi, des artères tranchées, des vertèbres brisées, des plaies purulentes et des râles d’agonies.  De la bonne bataille épique en saga, comme si tu y étais. Un conseil, n’attaque pas ta ration du soir avant le prochain assaut.

Mais ce qui caractérise Légende, par rapport aux autres batailles décrites par Gemmell, c’est cette sourde angoisse du siège qui imprègne tout le récit, cette incroyable conscience d’un combat perdu d’avance au bout duquel n’attend que la mort. Mais que l’on mène, pour l’honneur et laisser du temps à ceux qui ont une chance de survie. Ce sont les doutes, la peur, l’envie de vivre juste une journée de plus, parfois même juste une nuit, qui imprègnent ces pages. A chaque mur qui tombe, on a la gorge qui se noue devant l’inexorable qui approche et les cadavres qui s’amoncellent.

Avec cette question lancinante : jusqu’où peut-on défier le destin, la fatalité, quand tout joue contre vous ?

Au delà des stratégies militaires particulièrement bien pensées et décrites. Au delà de l’horreur de la bataille. C’est cet aspect humain de la guerre que Gemmell parvient à rendre de façon criante, cette énergie du désespoir. De cette façon, il rend l’ambiance à la fois oppressante et émouvante. On s’attache à chaque personnage qu’il fait apparaître, même de façon éphémère : Gilad, Orrin, Carin, Bregan, Hogun, Panir. Des hommes simples, jetés dans la tourmente par un coup du destin. Chaque attente avant l’assaut se fait lourde, pesante comme avant un orage. L’issue de chaque combat est un coup au coeur. Un pas vers l’inévitable.

Et Druss … Toujours là… Machine de guerre qui cache son genou douloureux, son arthrite, son coeur faiblissant, ses muscles fatigués. Pour donner l’espoir. Pour donner le courage. Vulnérable mais debout encore et toujours, jusqu’au dernier instant. Au dernier souffle.

Druss qui ne reconnaît pas en Ulric le jeune Nadir qu’il aida à défendre le tombeau Oshikaï et les Yeux  d’Alchazzar (cf La Légende de Marche-Mort)

Druss qui se demande qui le pleurera lui, et non sa Légende, quand il sera tombé…

 » Ils diront bien plus que ça, dit soudainement Virae. Ils diront : Ici repose Druss la Légende, qui ne fut jamais mauvais ou cruel gratuitement. Voici l’homme qui ne s’est jamais rendu, qui n’a jamais compromis ses idéaux, jamais trahi un ami, jamais déshonoré une femme et qui n’a jamais abusé de sa force contre les faibles. »

Oui, c’est ce héros-là qui m’a mis la larme à l’oeil sur les murs de Dros Delnoch.

Légende est sans conteste l’ouvrage du cycle drenaï qui aura le plus marqué les esprits pour sa force narrative. Le siège de Dros Delnoch vit entre ces pages avec une incroyable puissance. David Gemmell y fait une formidable démonstration de son talent à savoir concilier l’évocation d’émotions humaines contradictoires parfois violente et la description vivante, brute et dure de scènes de batailles épiques mais d’un réalisme parfois confondant. Mon petit coeur ne se remet jamais totalement de certains moments, comme d’avoir tenté de suturer une artère qui se tortille comme un serpent avec le chirurgien Calvar Syn en écartant des entrailles bleues et visqueuses.

Pourtant, je ne résiste jamais à la tentation de reprendre le chemin de Dros Delnoch car je sais qu’il m’y attend une aventure haletante et des hommes d’honneur, soudés par la bravoure et le désespoir.

Légende représente aussi une croisée des chemins dans le cycle drenaï,dans les différentes histoires des peuples et lignes narratives des héros. En effet, ce tome marque une transition où nous quittons définitivement la ligne narrative de Druss que nous suivions depuis plusieurs tomes pour entrer dans celle du Comte de Bronze que nous découvrons ici à travers les personnages de Rek et de Virae.  C’est un autre chapitre de l’histoire drenaïe que nous ouvrons ici, de la même façon que c’est un virage qui s’amorce pour l’histoire du peuple nadir à l’issue de cette grande bataille de Dros Delnoch.

Un adieu douloureux mais une autre aventure qui commence…

On se retrouve donc bientôt pour Le Roi sur le Seuil, en compagnie de deux nouveaux petits pédestres :

Comme quoi l’aventure, le jaja et le saucisson ça crée des liens.

(*) Berserk : guerrier-fauve ayant une force décuplée, réputé invincible quand il perd le contrôle de lui et entre dans une fureur terrible.

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