Kong. Skull Island

Fiche technique.

Sortie : mars 2017

Réal. : Jordan Vogt-Roberts

Casting : John Goodman, Samuel L. Jackson, John C.Reilly, Brie Larson, Tom Hiddleston.

Synopsis.

En 1973, alors que la guerre du Viêtnam touche à sa fin, Bill Randa parvient à arracher une ultime subvention pour aller explorer ce qu’il nomme la dernière terre inconnue. Une île mystérieuse quasiment inaccessible dont les technologies modernes viennent de percer la couverture dépressionnaire qui l’entoure perpétuellement pour révéler son existence au monde. Randa semble persuader qu’il y a là une carte à jouer contre les Russes quant à la découverte et aux ressources de l’île. Mais les mesures de sécurité que réclame celui-ci pour son expédition paraissent indiquer qu’il en sait bien plus qu’il ne veut réellement le dire. Qu’est-ce-que Randa espère réellement trouver sur Skull Island ?

Mon avis : Lettre ouverte à Tom Hiddleston.

Cher Tom Hiddleston,

Il faut qu’on parle.

Tu permets que je te tutoies ? De toute façon, je vais le faire quand même, vu le bouzin cinématographique que je viens de me farcir pour tes beaux yeux.

Cela fait quelques années qu’on se côtoie cinématographiquement toi et moi. De Wallander à The Night Manager ou The Hollow Crown, de War Horse à Thor, cela me faisait toujours plaisir de te croiser. Mais là, la seule chose qui me soit venue à l’esprit quand le générique est tombé, c’est : Mais que diable allait-il faire en cette galère ?

Et quand je cite Scapin, c’est que l’heure est grave.

Alors, certes, tu n’es pas le seul à t’être embourbé dans ce remake qui sonne creux et plus d’une âme que j’aime doit y être exilée. Ô John Goodman à qui je voue une affection sans borne pour O’ Brothers et The BluesBrothers 2000. Ô Samuel L. Jackson mon merveilleux Nick Fury, mon inimitable Valentine (Kingsman).

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !

N’aies-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

Mais toi, Tom, parmi ceux-là, tu es le seul, disons-le franchement, dont le personnage ne sert strictement à rien.

Reprenons les choses dans l’ordre si tu veux bien mon chaton.

Tu es donc sensé incarner le Capitaine James Conrad, retiré de l’armée britannique et embauché servir de traqueur à notre fine équipe de bras cassés qui va se jeter dans la gueule du loup. Si j’ai bien tout compris cela signifie que tu es sensé détecter le danger pour les maintenir en vie et avoir le flair (comme un cochon truffier) pour les aider à trouver ce qu’ils cherchent, que eux-mêmes ne savent pas ce qu’ils cherchent.

Je précise car on ne va pas dire que ce soit limpide à l’écran. Note bien que même mis par écrit, ce n’est pas transcendant. Et ta compétence en la matière est démontrée par une scène de 2.50 min où tu refais soigneusement le portrait avec une queue de billard, à deux asiatiques passablement éméchés (ce qui explique que tu aies gagné au billard). Rien que là, je serais nos artistes, je me demanderais si réellement cela prouve qu’il faut te payer, je cite, cinq fois le prix plus une prime si vous revenez vivants. Après ce n’est pas moi qui paie, s’ils sont venus te chercher, c’est qu’ils ont leurs raisons.

Donc admettons.

Puisqu’on en est aux incohérences, arrêtons-nous, si tu le permets, sur la scène d’anthologie où vous passez à travers un ouragan de fiffou avec des hélicoptères de combat ouverts, sans perdre personne et sans plus de turbulences que pendant un plateau repas sur Air France.

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Copyright WARNER BROS.

Petite précision, un ouragan étant par définition une  vaste zone dépressionnaire de nuages orageux, accompagnés de vents dépassant les 120km/h et s’enroulant de façon rotative, il me paraît improbable qu’un ouragan reste stable de façon permanente autour d’une île.

Ajoutons à ceci que les vents les plus violents se situent près de l’oeil (la partie centrale calme autour de laquelle s’enroulent les nuages) et il me paraît quasiment impossible que nos hélicoptères arrivent sur l’île sans avoir perdu la moitié de leurs occupants au mieux.

Typiquement, niveau bestiole, permets-moi de te présenter Hugo (1989), vents à 400km/h dont on aperçoit bien l’oeil.

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Source

Autant te dire que si tu trouves une brèche praticable et calme là-dedans pour un hélico ouvert, t’es un précurseur.

Ou tu es à Hollywood.

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« Jusqu’ici tout va bien !

Mais tout va bien, chaton ! A l’arrivée tu as le brushing toujours impeccable et le tee-shirt moulé sans un pli, sans une tache sur les pectoraux. Pas si impressionnant cet ouragan finalement.

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Copyright WARNER BROS.

D’ailleurs à ce propos, faisons un petit point sur le look. Je ne suis peut-être qu’une pauvre mortelle, cependant, en climat tropical humide et notamment en forêt, au bout de deux jours, je sue, je suis moite, j’ai le brushing plat qui poisse et la mèche collante. Mais ici, point de tache ou d’auréoles disgracieuses ! Que nenni ma mie. Même après les araignées géantes immondes, ton brushing demeure aussi impeccable que l’opulence et soyeuse chevelure de ton adorable comparse de photographe. A-t-elle eu le temps de faire un Tahiti douche et un shampoing sec pendant que d’infâmes bestioles vous pourchassent ?

Si je voulais être désagréable, je sous-entendrais que si le Capitaine James Conrad garde son total perfect look, ce n’est pas grâce à Mennen, mais parce-qu’il ne sert à rien.  Du moins, il ne se distingue pas particulièrement dans l’action, par rapport aux autres personnages et on a sérieusement du mal à comprendre pourquoi on est sensé l’avoir payé cinq fois plus. Oui ça me travaille. 

Si ce n’est pour cette magnifique tirade, qui le place en garant moral du film : Allez-y, nous on va sauver Kong. 

Heureusement que tu as un très joli… pantalon, car sinon j’aurais arrêté là chaton.

Tu es donc là pour être le valeureux gentil (et le capital sympathie du public féminin qui approuve vivement ton look près du corps. On s’occupe comme on peut hein !). Celui qui va aider Kong, soutenu par la photographe qui parlait à l’oreille des gorilles.

Si je fais un rapide état de la situation: vous êtes trois en comptant Hank Marlow le sympathique, avec deux fusils d’assaut, un pistolet et… un appareil photo face au Colonel Packard (qui a complètement tourné la carte) muni de trois hommes, des explosifs, du Napalm et évidemment des armes diverses. Sinon vous êtes combien dans votre armure ?

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Mais voilà, c’est TA mission dans le film, mon lapin, tu dois incarner le Bien, en plus d’être décoratif. Et autant ton personnage est clair comme de l’eau de roche, pour ne pas dire transparent… Autant ils ont chargé celui de ton acolyte Samuel L. Jackson.

En effet, le réalisateur Jordan Vogt-Roberts s’est clairement fait plaisir sur deux points :

  • Niveau inspiration esthétique tout d’abord, en piochant dans des références comme Le Monde Perdu ou Apocalypse Now, avec par exemple la scène du vol d’hélicoptères au-dessus de l’île qui n’est pas sans rappeler celle-ci.
  • Et en second sur l’antagonisme entre Kong et le Colonel Packard. Alors là il s’est carrément lâché avec regards de braise et confrontations enflammées les yeux dans les yeux.
KONG: SKULL ISLAND
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Autant j’ai apprécié le soin esthétique et les effets spéciaux, chaton, autant  là une loupiote d’alerte Too Much ! a clignoté en mode panique dans ma tête. Et elle a clignoté souvent pendant le film, je ne vais pas te le cacher. Sans compter que le Colonel Packardil est plus que binaire comme méchant. Toi tuer mes hommes, toi mourir sale grosse bête anormale. Niveau motivation et réflexion, ça se pose là, houba ! Un archétype du méchant militaire traumatisé par la guerre, un cliché sur pattes, que même Samuel L. Jackson ne semble pas convaincu d’incarner.

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Cependant, cela n’est rien en comparaison de ce pauvre John Goodman (Bill Randa) qui a droit au personnage jetable, celui qui amorce l’intrigue et l’action et que l’on fait manger dès qu’il ne sert plus à rien. Allez hop ! Heureusement qu’on a le personnage délicieusement barré incarné par John C. Reilly (Hank Marlow) pour relever un poil le niveau.

Mais le point d’orgue, mon cher Tom, ce qui m’a achevée, c’est la réplique qui tue lâchée par Brie Larson (Mason Weaver, la photographe aux cheveux propres) au moment de ta confrontation avec le diabolique colonel.

Un truc sorti de nulle part du style : Arrêtez ! Le monde a d’autres priorités !

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Mais euh… dans le contexte ? Je me suis endormie ? J’ai sauté une réplique ? La traduction est pire que le film ? Car, sache-le Tom, j’ai du enduré cela en français. Je te l’accorde, cela ne plaide pas en faveur du film.

Si on récapitule, et ne le prends pas pour toi, mais le scénario est encore plus inexistant que ton personnage et même en enrobant de belles prises de vues et jolis effets spéciaux, ça ne passe pas.

Alors, les yeux dans les yeux, mon cher Tom Hiddleston, tu vas me promettre de ne plus te retrouver dans un bouzin pareil.

Que ?

Pardon ?

Il y a une suite de prévue ?

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