A Case of Identity.

Résumé.

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Editions collector Barnes and Noble

Format : Nouvelle. Parution : septembre 1891 dans le Strand Magazine.

Watson est une fois de plus en visite chez son ami, Sherlock Holmes, à discourir au coin du feu des étrangetés de la vie courante, lorsqu’une certaine Miss Mary Sutherland  franchit après maintes hésitations le seuil du 221b, Baker Street.

Elle est très inquiète car son fiancé, Mr Hosmer Angel, s’est évaporé comme par magie dans le cabs qui le menait à l’église pour célébrer leur mariage. Peu de temps auparavant, il lui avait fait porter serment d’un engagement sans faille, quoi qu’il arrive. La jeune femme redoute donc que son fiancé n’ai couru quelque danger dont il n’ait pas voulu l’avertir. Contre l’avis de sa mère et de son beau-père, elle est donc venue consulter Sherlock Holmes.

Encore une fois, le détective consultant va mettre à profit la science de la déduction, démontrant du même coup que les crimes les plus odieux se cachent dans les affaires les plus banales.

Mon avis.

Troisième nouvelle du corpus de 56, A Case of Identity (Une Affaire d’Identité) n’est pas l’enquête que je retiendrais du Canon. Il faut dire qu’elle semble singulièrement manquer de saveur après la piquante Ligue des Rouquins.

La cliente Miss Sutherland ne suscite pas une grande empathie de notre part, du moins de mon point de vue. En dépit d’un certain sens pratique, elle est d’une crédulité désarmante de jeune fille en fleur, semble têtue et terriblement naïve (pour ne pas dire godiche), compte tenu de la simplicité de l’affaire. Autant vous dire que Sherlock Holmes n’aura pas la partie facile de ce côté-là.

Pourtant, elle ne semble pas dénuée d’une certaine intelligence mais même le bon Docteur Watson d’habitude si sensible au charme féminin, parait plus avoir noté son style vestimentaire que son visage ou ses grandes qualités. Ce qui laisse à penser que l’un des plus grands charmes de la jeune femme, bien qu’avenante, reste la rente importante qu’elle touche de son oncle défunt et qui pourrait lui valoir un partir convenable.

 

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Illustration par Sidney Paget dans le Strand Magazine. Source

En dépit de la simplicité du cas, la nouvelle présente malgré tout deux points intéressants.

En premier lieu, c’est la première fois que nous voyons Holmes tenir fermement la solution d’une affaire à peine celle-ci exposée, sans avoir eu à bouger de son fauteuil. Tout dans son attitude semble montrer qu’il a déjà résolu le problème lorsque sa cliente prend congé. Il tente d’ailleurs doucement mais en vain de lui entendre certaines choses à demi-mot avant d’y renoncer complètement. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et l’amour rend aveugle, dit-on et Miss Sutherland était déjà sérieusement myope au départ… Dans cette affaire le véritable problème m’apparaît plus être la cliente que le mystère.

Vous souvenez-vous de Honey dans How I Met your Mother ? La même, version XIXème.

Mais revenons-en à notre détective. Certes, il mène quelques vérifications par courrier et télégrammes pour vérifier son intuition, car pour Sherlock Holmes seuls les faits comptent. Mais dès les premières pages, l’affaire est clairement résolue. Le lecteur lui-même ne peut manquer de subodorer la solution et n’ira jusqu’au dénouement que pour vérifier si son intuition était bien celle du détective et comprendre comment celui-ci aura pu vérifier son hypothèse. Pour cette fois au moins, il aura au moins la satisfaction d’avoir su appliquer avec brio la méthode de Holmes sans trop de difficulté.

Appelé opportunément sur un cas médical urgent, le bon Watson est lui-même absent un moment de l’affaire, ne suivant pas les investigations complémentaires de son ami, comme si Sir Arthur Conan Doyle avait estimé lui-même que le cas n’était pas si complexe qu’il nécessitât le regard permanent et explicatif du Docteur. Celui-ci reviendra comme de juste pour le dénouement.

En second lieu, c’est bien aussi la première fois que notre détective fait preuve d’une éthique assez personnelle. En effet, sa cliente ne repartira pas avec la solution du mystère, car il a senti dès ses premières tentatives de suggérer la vérité auxquelles elle reste sourde, qu’elle ne le croirait pas. Ainsi, il conclut lui-même l’affaire par cette sentence :

If i tell her she will not believe me. You may remember the old Persian saying, « There is danger for him who taketh the tiger cub, and danger also for whoso snatches a delusion from a woman. » There is as much sense in Hafiz as in Horace, and as much knowledge of the world.

Si l’on peut être chatouillé par cette citation peu flatteuse pour le genre féminin, au regard du profil de Miss Sutherland, on ne peut qu’adhérer à la réserve de Holmes en la matière. Un rare preuve de finesse psychologique de la part du détective qui semble éprouver quelque pitié pour la jeune femme lorsqu’il insiste en lui disant :

« […] and remember the advice which i have given to you. Let the whole incident be a sealed book, and not allow it to affect your life. »

On perçoit une certaine délicatesse chez Holmes qui m’a touchée. Le pauvre ayant vraisemblablement compris le fin mot de l’affaire dès leur première entrevue, tente de la préserver et de la prévenir sans lui dire brutalement de quel vicieux tour elle est la victime. Mais, comme dit, notre oie blanche a le bon sens aussi myope que la vue. On s’attendrait presque à voir Watson sortir un panneau d’alerte derrière l’épaule de Holmes  tant le subtexte est évident :

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On peut néanmoins discuter du bien fondé de Holmes à ne pas dire la vérité, étant donné que légalement il n’est pas en mesure de punir le véritable instigateur de l’affaire. N’aurait-il pas mieux valût prévenir malgré tout la jeune femme, quitte à ce que les yeux de celle-ci ne se décillent qu’après quelques temps ?

D’ailleurs posons-nous une question intéressante : la myopie prononcée de la jeune femme n’est-elle pas ici métaphorique, étant donné la conclusion que Conan Doyle met dans la bouche de son personnage ? Faut-il voir dans la nouvelle une mise en garde pour les jeunes femmes quant aux désillusions amoureuses ?

Ce ne sera pourtant pas là la dernière fois que nous verrons Sherlock Holmes choisir de garder la vérité, en suivant son intuition  ou sa morale personnelle. Mais certains cas nous paraîtront plus justifiables que d’autres, tenant compte des circonstances. Il est à noter également que c’est l’une des rares fois où l’on percevra le dégoût de Holmes face au coupable et sa frustration à ne pas pouvoir le punir. Il n’hésite d’ailleurs pas à intimider physiquement celui-ci. Avec la classe d’un Kingsman mais moins d’action. 

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A Case of Identity m’apparaît comme un interlude léger avant des mystères plus denses comme The Boscombe Valley Mystery ou The Five Orange Pips qui le suivent. Certes, cette courte nouvelle d’une dizaine de pages tout juste, n’a pas le charme de The Red-Headed League et souffre clairement de lui faire suite. Néanmoins, elle éclaire la personnalité de Holmes d’une lumière différente qui sera développée par la suite.

Et en série ça donne quoi ?

La nouvelle a en premier lieu été adaptée au cinéma en 1921 avec Eille Norwood et Hubert Willis dans les rôles respectifs de Sherlock Holmes et du Docteur Watson.

Dans la série Sherlock de la BBC, la nouvelle est subtilement intégrée en référence dans la toile de fond du récit dans deux épisodes. Un petit clin d’oeil que seuls les initiés auront su reconnaître.

  • Dans The Empty Hearse, alors que Sherlock a temporairement pris Molly comme assistante, il croise le cas de Miss Sutherland et de son mystérieux fiancé évaporé. La référence ne dure que quelques minutes mais reprend clairement les éléments de la nouvelles, à ceci près que les lettres deviennent des mails et la rente des aides du chômage. Plus pragmatique mais l’essentiel y est. Et la furie de Sherlock face au coupable reste la même.
  • Dans The Sign of Three, tandis que Sherlock évoque les affaires menées avec John, l’un des flash-back montre ce dernier observant par la fenêtre une jeune femme qui hésite à sonner à leur porte, donnant lieu à ce dialogue :

John: She’s going to ring the doorbell.
John: Oh, no. She’s changed her mind…No, she’s gonna do it … No, she’s leaving. She’s leaving. … Oh, she’s coming back.
Sherlock: She’s a client. She’s boring. I’ve seen those symptoms before.
John: Hmm?
Sherlock: Oscillation on the pavement always means there’s a love affair.

Source transcript

Ce qui fait évidemment écho à la scène dans la nouvelle qui précède l’entrée de Miss Sutherland, où Sherlock tient peu ou prou le même discours :

« I have seen those symptoms before, said Holmes, throwing his cigarette into the fire. Oscillation upon the pavement always means an affaire de coeur. She would like advice, but is not sure that the matter is not too delicate for communication. »

On notera au passage que le Sherlock Holmes de la nouvelle se montre alors plus clément à l’égard de la jeune femme que celui de la série. Même si l’extrait précédent montre une réaction finalement similaire quant à l’affaire et son dégoût du coupable.

Pour terminer cette analyse, je vous invite vivement à consulter l’avis de mes comparses de Cercle Holmésien que sont Satoru Kudo et Light and Smell. Il est intéressant de voir à quel point nos avis peuvent se compléter, même lorsqu’ils divergent.

3 commentaires

  1. Finalement, tu as été plutôt clémente avec Mary, mais j’adore ta référence à HIMYM 🙂
    La myopie semble autant physique qu’intellectuelle et dans les deux cas, cette caractéristique a été utilisée contre Mary. Pour la portée symbolique, je n’avais pas pensé à une morale mettant en garde les jeunes filles contre les désillusions amoureuses, mais j’aime beaucoup l’hypothèse.
    Quant à Sherlock, je n’ai pas lu toutes les autres nouvelles, mais à travers nos quelques lectures communes, je trouve qu’il s’humanise petit à petit comme ici où il semble en effet prendre en pitié cette cliente. Et la scène où il piège le coupable et l’intimide physiquement m’a donné l’impression d’un Sherlock justicier, la cape en moins 🙂 On est donc loin du détective seulement intéressé par la résolution d’une enquête…

    Aimé par 2 people

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