Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell.

Résumé.

Editions Bragelonne. Parution : février 2018. Prix : 25€

Automne 1880, le Docteur John Watson est de retour d’Afghanistan après une terrible campagne qui l’a laissé blessé et traumatisé. Hanté par ses souvenirs de guerre, ses pérégrinations dans des rades peu recommandables de Londres l’amène à croiser un ancien camarade Stamford. Celui-ci va sans le vouloir le mettre sur le chemin d’un certain Sherlock Holmes mais aussi de terribles dangers.

Aux côtés de ce personnage insolite, Watson va se trouver entraîné dans une folle enquête sur la série de meurtres qui sévit dans le quartier de Shadwell. Des victimes retrouvées mortes, terrifiées et émaciées comme si elles avaient été longuement affamées depuis des lustres, alors même que certains témoins disent les avoir vues en forme la veille.

Opium, mafia chinoise et meurtres en série, le bon Docteur Watson pense laisser loin derrière lui les ombres de l’Afghanistan. Cependant des forces obscures sont à l’oeuvre. Des puissances occultes dont il faudra bien admettre l’existence et qui n’iront pas sans réveiller des souvenirs mal enfouis… Mais qui serait assez fou pour tenter de manipuler les forces les plus sombres ?

Mon avis

Avez-vous souvenir de cette citation du Canon des aventures de Holmes qui dit :

« How often have I said to you that when you have eliminated the impossible, whatever remains, however improbable, must be the truth ? »

Gardez-la en tête et maintenant, imaginez. Imaginez que la froide et pure raison à laquelle s’attache tant Sherlock Holmes doive s’effacer devant l’impensable. Imaginez que le Docteur Watson ait menti. Qu’il ait enveloppé ses aventures avec le détective consultant d’un brillant tissu romanesque de réalité pour cacher une vérité surnaturelle bien plus sombre, où l’occulte et le fantastique se disputent la part du diable.

Cela frise l’hérésie, me direz-vous. C’est bien là ce que je redoutais aussi… à tort ! Car, dans ce pastiche fantastique de haute volée, tous les éléments d’un pur Sherlock Holmes sont respectés. Le ton, les personnages, les éléments clés (comme la rencontre entre Watson et Sherlock), même la chronologie des faits. James Lovegrove s’empare avec brio de l’histoire de Sherlock Holmes et du Docteur Watson pour nous  en offrir une vision fantastique.

Cela peut paraître simple énoncé comme cela, mais détrompez-vous, le monsieur n’a pas choisi la facilité. Car c’est au mythe de Cthulhu, crée par Howard Phillips Lovecraft, qu’il a décidé de confronter l’esprit cartésien du grand détective. Mystère, déduction, passes d’armes, déguisements, baritsu mais aussi délires psychotiques, drogues, scènes macabres, mythologie occulte, incantations et créatures fantastiques. Fameux cocktail que voilà ! Et concocté d’une main de maître.

[Pour rappel, Cthulhu est une créature à l’apparence assez hideuse, immense, avec une tête de pieuvre avec des tentacules et des ailes de dragon, qui, selon la mythologie établie par Howard Phillips Lovecraft, serait lié aux Dieux très anciens.]

Dès le départ, James Lovegrove sème la confusion et brouille les pistes entre réel et fiction, entre raison et fantastique, en  situant dès son prologue cette trilogie (car c’est une trilogie ! Halleluiah!) dans un contexte pseudo réaliste. Un moyen habile de la placer à la fois dans la lignée littéraire du mythe de Cthulhu et des écrits de Doyle. Ainsi dès l’introduction les deux filiations sont réunies intelligemment, annonçant la couleur au lecteur. Et celui-ci n’est pas au bout de ses surprises. De rebondissements en frissons, il va en avoir des sueurs froides le long de l’échine. Méfiez-vous des ombres, car dans les ténèbres, la mort guette et attend.

James Lovegrove tire ses deux fils intelligemment tressés avec maestria. Il respecte scrupuleusement les deux univers dans l’ensemble de leurs références, aussi bien dans les rituels, langage, citations et créatures du mythe de Cthulhu, que dans les plus purs éléments du canon holmésien, et il les conjugue avec une maîtrise qui confine à la perfection. Le résultat donne un roman fantastique et sombre tout simplement palpitant qui réinvente complètement le canon holmésien, sans pour autant le dénaturer. Le tout n’est pas dénué d’humour et l’auteur se fend de quelques mémorables répliques pleines d’esprit, telle :

« Le cynisme n’est que du réalisme sous un vernis d’ironie. »

Si l’exercice à première vue me paraissait périlleux, mes réticences ont été balayées en un clin d’oeil. Dès les premières lignes, on se laisse prendre à cette histoire pour ne plus la lâcher. Je me suis tout simplement régalée. Un hommage savoureux qui séduira les amateurs de fantastique autant que les holmésiens consommés. Vivement le tome 2 !

Addendum

Cette lecture a été faite avec l’agréable compagnie dIsa La Rousse, que je suis allée soudoyer. Je pense qu’elle non plus ne regrette pas le voyage, mais je vous laisse en juger par vous-même en lisant sa chronique.

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

12 commentaires Laisser un commentaire

  1. Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh détective consultant!! Bon sang, ça me chiffonnait ce terme de « détective conseil » mais je n’en trouvais pas la raison!!
    Merci, ô toi mon Dragon, d’éclairer mon chemin holmésien bien encombré d’ombres encore! (pas de Shadwell, les ombres!)(ahahaha je suis trop une rigolote)

    Aimé par 1 personne

  2. Je dois me faire toute la bibliographie de Sherlock prochainement ayant reçu l’intégrale de chez Omnibus pour les nouvelles. Je pense le t’ajouter donc dans ma liste d’achat post lecture avec les romans qui vont aussi me manquer. Merci.

    Aimé par 1 personne

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