Mille petits riens

Résumé

Editions Actes Sud Parution : mars 2018 Prix : 23.50€

Ruth Jefferson est une sage-femme chevronnée qui, en vingt ans de métier, a accueilli dans ce monde bien des bébés et vu bien des couples devenir parents. Consciencieuse et professionnelle, elle est appréciée de tous dans son service.

Jusqu’au jour où elle croise le chemin d’un couple de suprématistes blancs qui attendent leur premier enfant. Pour elle comme pour eux, rien ne va se dérouler comme cela le devrait.

Du jour au lendemain, tout s’écroule sous ses pieds. Elle devient la sage-femme noire accusée d’avoir tué un bébé blanc.

Avocate de la défense publique, Kennedy  a la conviction de pouvoir mener à bien le procès de Ruth… Si seulement sa cliente accepte de ne pas évoquer la carte raciale dans sa défense.

Mon avis : Jodi Picoult tape dans le mille !

Et cela fait mal.

Ainsi qu’elle le précise en postface, Mille petits riens est un roman que Jodi Picoult a longuement porté avant parvenir à le coucher sur papier. Pour parler du racisme aux Etats-Unis, il fallait à l’auteure le bon angle, la bonne approche. Mais lorsqu’on est blanche et privilégiée, comment évoquer ce que l’on ne connaît pas avec réalisme, avec sincérité, avec vérité ?

Partant d’un fait réel, un père ayant demandé que les soignants afro-américains du service ne touchent pas son nouveau-né, elle est parvenue à tisser cette histoire qui nous place des différents côtés de la barrière : les deux extrêmes celui de Ruth, celui du Turk et Brittany . Et celui de Kennedy que cette affaire va amener à reconsidérer sa vision du monde.

Se basant sur des rencontres, des témoignages aussi bien que femmes de couleur que de suprématistes repentis, Jodi Picoult nous emmène avec ses personnages là où se forge la haine, où naissent les différences. Au fil du récit, on distingue peu à peu de quelle façon  les préjugés, les idées préconçues s’insinuent de façon insidieuse dans nos comportements bien pensants. Ce qui pouvait sembler anodin distille soudain un certain malaise.

A l’instar de Kennedy, si vous êtes, tout comme moi, un lecteur blanc, vous allez peu à peu remettre certaines choses en question ou en perspective. Vous n’êtes pas raciste et je ne le suis pas. Mais d’une certaine façon, c’est un état de fait, si vous êtes blancs dans une société occidentale, comme les Etats-Unis, vous jouissez involontairement d’une position privilégiée. Pourquoi ? Parce-que votre couleur de peau nous vous définit pas. Parce-que personne ne vous a jamais jugé ou privé de vos droits par rapport à ça, comme cela arrive à Ruth dans notre récit. En tolérant cet état de fait, en l’intégrant comme normal, nous nous faisons complice de la discrimination. Voilà la conclusion à laquelle parvient Kennedy au terme du chemin de croix que sera ce procès.

Plus encore que dans A l’intérieur, Jodi Picoult démontre ici d’une force et d’une finesse de plume impressionnantes. Ce sujet qu’elle a longuement porté, elle nous le délivre en jouant des parcours et des personnages, de la force du vécu et de la fiction. Petit à petit, tout en douceur, les parcours en particulier de Ruth et de Kennedy nous amènent à la réflexion. C’est une étrange vague qui monte, comme une lame de fond et qui vous fait réaliser d’un coup, qu’il y a bien plus à voir et à comprendre que ce procès sur fond de discrimination raciale. Il y a ces mille petits riens que l’on peut faire au quotidien pour fissurer les préjugés et le racisme. Et c’est ce qui fait de cet ouvrage, un roman puissant.