The Boscombe Valley Mystery

Résumé.

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Editions collector Barnes and Noble

Format : Nouvelle. Parution : Octobre 1891 dans le Strand Magazine.

Au coeur du Hereforshire, dans la vallée de Boscombe, une bien étrange mort se produit. Au bord d’un étang nommé Boscombe Pool, un homme est retrouvé mort, suite à des coups violents portés à l’arrière de la tête, quelques minutes à peine après un vif échange sur les lieux avec son fils.

Aperçu un peu plus tôt avec un revolver à la main, tout porte à croire que le jeune homme est coupable et le cas, des plus évidents, semble être déjà clos. Pourtant, sur l’instigation d’une jeune femme, le détective Lestrade de Scotland Yard mande Sherlock Holmes à la rescousse pour établir la preuve de l’innocence du jeune homme.

Quelle mouche les a donc piqué ?

Intrigué par la trop évidente simplicité des faits et l’attitude du désigné coupable, Sherlock Holmes embarque le Dr Watson à sa suite pour résoudre ce mystère.

Mon avis.

Sans être ma favorite, cette nouvelle reste plaisante par la façon même dont elle est menée. En effet, seule l’exposition progressive des faits et des éléments permettra au lecteur d’établir son intime conviction. Si le dénouement final n’est pas réellement une surprise, l’intérêt réside principalement dans la façon dont Sherlock Holmes va mener ce cas et les éléments sur lesquels il va s’appuyer ses conclusions pour résoudre ce mystère.

Mais reprenons les faits, voulez-vous.  Le lundi 3 juin, vers environ 15h, Mr. Charles McCarthy, régisseur de ferme sur les terres de Mr. John Tuner, ancien expatrié australien comme lui, se rend à un rendez-vous près de l’étang de Boscombe. Rendez-vous dont il ne reviendra jamais puisqu’il est retrouvé mort.

Le suivant de peu, son fils est aperçu sur le même chemin, muni d’un revolver. C’est lui qui trouvera son père agonisant, alors même qu’une jeune fille affirme les avoir entendu en pleine violente querelle quelques instants auparavant. Si le jeune homme ne nie pas les faits, ni ne paraît étonné de son arrestation, il clame néanmoins son innocence, passant pourtant sous silence certains éléments comme l’objet de leur dispute.

Pour Sherlock Holmes, paradoxalement son attitude est la preuve de son innocence.

Pour le bon Docteur Watson comme pour nous, c’est à en perdre son latin. Pourquoi le défunt en mourant a-t-il fait allusion à un rat ? Comment le jeune homme, s’il est innocent, n’a-t-il pu ne pas voir le meurtrier, étant donné la rapidité des faits ? Pourquoi ne pas tout révéler pour se défendre ?

Encore une fois, Sherlock Holmes nous démontre que si nous subodorons la solution, nous n’avons pas encore la manière en matière de science de la déduction, car nous n’établissons que des conjonctures, sans pouvoir nous appuyer sur une ligne de faits. Maigre butin pour défendre la vie d’un homme devant une cour d’assises, heureusement que notre détective consultant saura faire mieux.

Qu’importe, le plaisir de l’escapade est là. L’ambiance du Hereforshire, le mystère qui plane autour de Boscombe Pool, entre crime sordide et charme campagnard, le décor est planté. Plaisir d’autant plus appréciable que nous retrouvons un Watson bien présent dans l’investigation et fidèle à lui-même quant à sa sensibilité au charme féminin.

« He had hardly spoken before there rushed into the room one of the  most lovely young women that i have ever seen in my life. Her violet eyes shining, her lips parted, a pink flush upon her cheeks, all thought of her natural reserve lost in her overpowering excitement and concern. »

Oh Watson incorrigible polisson ! Notez bien son souci du détail dès qu’une jolie femme entre dans la pièce. Mais on lui pardonne, tant il est amusant de retrouver ce bon Docteur dans tous ses défauts, par rapport à la nouvelle précédente.

C’est d’ailleurs en suivant le déroulé de ses pensées et de ses notes que nous en arrivons inconsciemment non seulement à nous poser les bonnes questions,  mais aussi à suivre le raisonnement de Sherlock Holmes. 

Holmes dont il fait d’ailleurs un très vivant portrait lors de son investigation sur la scène de crime, humant, inspectant, mesurant, à l’affût de l’indice tel un chien de chasse. Dépeignant ce moment, le Docteur Watson nous offre là un des plus beaux portraits de Sherlock Holmes en action, la citation ci-dessous n’en étant qu’un petit extrait.

His face flushed and darkened. His brows were drawn into  two hard black lines, while his eyes shone out beneath them with a steely glitter.  His face was bent downward, his shoulders bowed, his lips compressed, and the veins stood out like whip-cord in his long, sinewy neck.

Quelle description vibrante qui nous met dans l’exaltation de l’instant, je dirais même de la chasse au coupable. Car, c’est bien à cet instant précis que nous, lecteur, à l’instar de Lestrade ou Watson, sommes obligés de laisser la piste au Consulting Detective, véritable limier, pour confirmer notre intuition grâce aux indices qu’il perçoit. Que diable voit Holmes à cet instant que nous n’ayons pas vu ou que nous voyons pas ? Ainsi que le disait le détective lui-même à Watson dans A Scandal in Bohemia :

‘You see, but you do not observe. The distinction is clear.’

Ce que nous avons manqué, il nous le dira, certes, mais saurons-nous relier les faits entre eux pour en déduire ce qui s’impose ? C’est bien là tout l’art et la manière que possède Sherlock Holmes … Ou Arthur Conan Doyle. Tout dépend comment on voit les choses.

Si la révélation finale n’est pas une grande surprise, en revanche au détour de l’épilogue Sherlock Holmes dévoile un peu plus de lui-même, s’arrangeant entre sa conscience et la justice. Il prend sur lui de garder l’identité du coupable pour protéger du passé le futur de deux innocents. Lui si intransigeant et froid dans ses investigations, révèle une morale élastique, étonnemment humaine, quoique contestable puisqu’il s’en fait à la fois juge et juré. Pourtant comment nier le bien- fondé de sa décision dans ce cas précis ?

En attendant cette excursion dans le Val de Boscombe s’avère une halte fort plaisante avant The Five Orange Pips, une de mes nouvelles favorites qui fera monter la tension bien plus haut. Pour l’heure, je vous laisse découvrir les carnets de route de mes compagnes du Cercle Holmésien, Light and Smell et Satorukudo pour voir si elles ont, elles-aussi, apprécié l’escapade.

Et en série cela donne quoi ?

Adapté en 1922 sous forme de film avec Eille Norwood et Hubert Willis,  la nouvelle The Boscombe Valley Mystery est également reprise dans la saison 2, épisode 6, de la série Sherlock Holmes produite de 1964 à 1968, avec au casting Peter Cushing et Nigel StockL’intrigue est aussi adaptée dans la fameuse série de 1984 avec Jeremy Brett, dans la troisième série, les Archives de Sherlock Holmes, épisode 3. 

Sans reprendre l’intrigue, la série Sherlock, produite par BBC, y fait quelques clins d’oeil malicieux :

  • Vers la fin de la nouvelle, évoquant la variété de tabac trouvée sur les lieux du crime, Holmes fait état de la monographie sur les 140 variétés de cendres de tabac qu’il a écrite. Une référence reprise dans A Scandal in Belgravia (saison 2, ép.1) quand les deux hommes ont une discussion au sujet du blog de John. La plaisanterie est également reprise en running gag lorsque Sherlock et John font l’enterrement de vie de garçon de ce dernier dans The Sign of Three (Saison 3, ép.2).
  • Toujours dans A Scandal in Belgravia (saison 2, ép.1), la mise en scène de la mort du touriste tué par un boomerang n’est pas sans rappeler le Val de Boscombe : un homme revenu d’Australie (comme McCarthy) tué par un coup à la tête, au bord d’un étang bordé de forêt, en un laps de temps si réduit que le seul témoin possible est réduit au rang de coupable. L’intrigue n’est pas reprise dans le détail mais on ne peut que noter ces similitudes, même si cela s’arrête là.

 

3 commentaires

  1. C’est vraiment l’aspect humain de Sherlock que j’ai adoré dans cette nouvelle. Le fait qu’il choisisse de protéger le coupable, dont on peut comprendre les motifs sans les excuser, le rend vraiment proche de nous.
    Et cette scène où il se met en chasse du coupable ! Mémorable 🙂 C’est celle-ci qui me pousse à vouloir relire la nouvelle en anglais. J’ai d’ailleurs adoré la manière dont tu en parles.

    Aimé par 1 personne

    1. Tu avais raison sur l’image dans ta chronique, on dirait un vrai chien de chasse aux aguets. ^^ C’est bien aussi qu’en dépit de ce qu’il dit, il ne soit pas que froide logique. Comme tu dis ça le rend plus proche, sans pour autant écorcher le mythe.

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