Sherlock Gnomes : Approved !

Fiche technique

Sortie : 11 avril 2018

Réal : John Stevenson

Scénario : Andy Riley

Casting : Johnny Depp,  James McAvoy, Emily Blunt, Chiwetel Ejiofor, Michael Caine, Maggie Smith

Synopsis

Sherlock Gnomes a vaincu son pire ennemi, Moriarty. Désormais la paix règne sur les jardins londoniens sur lesquels les nains de jardin peuvent veiller en toute sérénité. C’est dans ce contexte que Gnoméo et Juliette, avec toute leur tribu, arrivent à la capitale. Un nouveau jardin pour une nouvelle vie. Tout semble leur sourire mais rapidement le ciel s’assombrit.

A nouveau des nains de jardins disparaissent et bientôt c’est au tour de leur jardin d’être frappé. Moriarty serait-il revenu d’entre les débris pour frapper à nouveau ? Il en faudra plus que l’improbable pour stopper Sherlock Gnomes qui se lance au secours des nains disparus. Mais cette fois-ci notre détective consultant risque d’être battu à son propre jeu.

Mon avis : Elementaire, mon cher Sherlock !

Après avoir revisité Shakespeare dans Gnoméo & Juliet, la folle équipe de scénaristes s’attaque cette fois à l’oeuvre de Sir Arthur Conan Doyle pour une incroyable (nain-croyable ?) et loufoque aventure.

Autant vous dire que ça dépote dans le jardin.

Ce qu’un puriste peut redouter dans ce type d’adaptation, c’est le massacre du personnage / de l’oeuvre originale. En effet, l’idéal serait qu’en sortant de la séance, un enfant ait envie de découvrir le classique, ou tout du moins pose des questions. Mais à trop vouloir faire rire le jeune public, on tombe souvent dans le joyeux n’importe quoi, en témoigne le Pierre Lapin que j’évoquais l’autre jour.

Ici le ton est donné dès l’ouverture qui se fait sur un livre ouvert des Aventures de Sherlock Holmes, où l’on aperçoit le nom de l’auteur et l’illustration des chutes du Reichenbach de Sidney Paget (attention indice pour les initiés). Du détail pour un Minion, un bon signal pour les parents.

Si l’on s’amuse beaucoup de cet insolite quatuor formé par Gnoméo/ Juliet, Sherlock/Watson, on a le plaisir de retrouver un Holmes, un Sherlock Gnomes très fidèle à son homologue littéraire : insupportable, fin limier, peu attentifs aux autres, concentré uniquement sur son investigation et  déconnecté volontairement des sentiments. Une scène en particulier ne manquera pas de rappeler aux initiés le Holmes littéraire, en voyant notre Sherlock Gnomes fureter tel un chien de chasse, scrutant le sol, humant la terre à la recherche d’indices, faisant écho à The Boscombe Valley Mystery.

Autant dire que cela fait contraste avec les aléas conjugaux de nos deux amoureux, et surtout la nature passionnée d’une Juliet qui ne manque ni de répartie, ni de piquant. Vous découvrirez comment si vous regardez le film, mais le caractère sociopathe de Sherlock Holmes est d’ailleurs intelligemment utilisé comme ficelle de l’intrigue. Mais je n’en dirais pas plus à ce sujet pour ne pas spoiler.

Si l’ensemble reste un divertissement à destination d’un public enfantin, on a le plaisir de trouver un humour au-dessus du palier scatologique (on évite donc la blague de la carotte dans le pantalon pour ceux qui ont lu ma chronique de Pierre Lapinet une certaine finesse d’esprit qui colle bien avec le personnage. Ce n’est pas du Molière (ou du Doyle) non plus mais on évite de tomber trop bas.

[Nota : la bande-annonce française ne rend pas franchement hommage au film et contient des scènes qui sont pas dans le film.]

L’ensemble est émaillé de références à l’oeuvre originale. On retrouve un Moriarty machiavélique, un clin do’eil aux Chutes du Reichenbach,une Irène Adler qui règle ses comptes avec Holmes ( et qui tient cabaret au 221 b, dans un musée des poupées au nom de Conan Doyle), le chien des Baskervilles dans un parc… Et, cerise sur le gâteau, bonnet sur le lutin, gnome dans le jardin, le Mind Palace de Sherlock Holmes qui fait l’objet d’une animation spécifique permettant de suivre le raisonnement de Holmes, enfin de Gnomes.

Une certaine scène autour du chiffre 9 n’a pas été sans me rappeler celle-ci (ou encore celle du vanishing underground, S3, ep 1,pour les amateurs de la série)

L’ensemble est intégré de façon intelligente, afin que cela reste amusant pour les enfants mais divertissant pour les grands. Un petit plaisir pour les amateurs de l’oeuvre originale qui prendront un malin plaisir à trouver ces références et à s’en amuser.

Autre joli clin d’oeil, esthétiquement les personnages du Docteur Watson et de Holmes sont calqués directement sur l’interprétation inoubliable de Jeremy Brett et David Burke.

Ma petite déception vient du personnage de Moriarty. Son obsession de Sherlock, son machiavélisme et leur rapport sont totalement dans les clous, mais j’ai moins accroché à sa représentation, même si elle est conforme à l’univers choisi. Ceci étant un avis très personnel.

Mais revenons-en à nos Minions, puisque, après tout, c’est à eux que se destine le film, ne l’oublions pas. Oui, je sais qu’à m’entendre en parler comme ça, on pourrait en douter. Je pense qu’en deçà de 6/7 ans, inutile d’emmener votre gnome personnel à la séance, il risque de ne pas accrocher, car le rythme de narration est particulier et il y a pas mal de subtilités.

L’entrée dans l’action est un peu longue, car on prend le temps d’amener les nouveaux personnages en scène (Sherlock et Watson), tout en faisant revenir les précédents (Gnoméo, Juliet, amis et famille), pour que chacun trouve ses marques, qu’il soit ou non un habitué. Du coup, un enfant trop jeune décrochera assez vite. De surcroît, on sent quelques ruptures de rythme dans le scénario, quelques a-coups un peu étranges.

Malgré tout, cela reste une enquête trépidante et même si ce n’est pas du Doyle, il faut suivre les déductions et l’action. Le rythme est soutenu avec des indices, pas mal de rebondissements et de détails à noter. Même si pour un adulte, le dénouement reste assez prévisible, on a tout de même quelques surprises.

Une fois rentrés dans l’action, les Minions sont scotchés et pour le mien, c’est un  plébiscite sans appel. De la perplexité des premières minutes, on est passés à un franc enthousiasme en fin de séance. Verdict : surprenant et drôle ! Notre spectateur test en herbe s’avoue bluffé. Sherlock Gnomes remporte la victoire haut la main face à Pierre Lapin.

Niveau esthétique et animation, c’est un peu moins joli forcément que Pierre Lapin. On est sur de l’animé plus « classique » mais ça reste tout de même très beau et travaillé. On appréciera notamment la visite de Londres au fil de l’enquête et le très beau final sur London Bridge.  J’en profite pour faire un petit point réalisation et dire qu’on reconnaît bien la patte dynamique et pétillante de  John Stevenson qui avait signé Kung Fu Panda.

Même si cela reste happy ending et bons sentiments, on évite la surcharge de mièvrerie (je rappelle que Sherlock et les émotions…). Le message du film est intéressant et singulier : ne jamais tenir personne pour acquis, ni en amour, ni en amitié. 

Mon grand regret pour ce film sera de ne pas l’avoir vu en VO. Vu le casting voix, le proposer uniquement en VF est un scandale !

En résumé, Sherlock Gnomes :