Have You Met…Nathalie Salmon ?

Je suis ravie pour ce nouveau numéro du format spécial interview du Have you met que Nathalie Salmon, l’auteure de Un amour de Liberté, paru aux Editions Baker Street, ait accepté mon invitation.


Bonjour Nathalie Salmon, c’est un plaisir et un honneur de vous avoir pour ce Have you Met. Si vous le voulez bien, commençons par vous présenter un peu. Quel est votre parcours et qu’est-ce-qui vous a mené à l’écriture ?

Aussi loin que remontent mes souvenirs j’ai toujours écrit. Toute petite je saisissais tous les prétextes familiaux pour composer des poèmes maladroits. Adolescente, je jetais des pensées secrètes et cryptées sur des cahiers que je cachais ! Cela n’a rien d’original – mais j’ai continué. L’écriture fait partie de mes fonctions professionnelles, successivement comme assistante parlementaire, attachée de presse, conseil en communication, publicitaire, et aujourd’hui dans l’Education nationale. Je dois préciser que ma mère était romancière. Elle maniait une langue fleurie, élégante et caustique – on la comparait souvent à Maupassant dont elle avait la verve. Mon père, lui, était un homme politique, à l’aise avec la parole qu’il savait prendre, le plus souvent sans notes. On jouait au scrabble en y mêlant les expressions du jargon familial. A la maison, on n’a jamais été complexé par les mots !

Mon premier livre était une enquête sur la PMA (procréation médicalement assistée) qui laissait la parole aux couples ayant connu des échecs de procréation. C’était l’envers du miroir, la zone d’ombre, mon côté journalistique. Un éditeur a été séduit par cette vision à contre-courant. Dans cette étude comme dans mes romans, mon fil rouge a toujours été et demeure la question de la filiation, de la transmission et donc des racines. Qu’il s’agisse d’appartenance ou d’émancipation, on se positionne malgré tout par rapport à ce qui vous a construit. C’est ce qu’a fait mon ancêtre Adolphe Salmon quand il a émigré aux Etats-Unis au XIXe siècle : il y est devenu le French man incontournable pour tout nouvel arrivant français à New York.

Vous aviez déjà abordé l’histoire de la Statue de la Liberté, avec l’ouvrage Lady Liberty I love you (en collaboration avec Alain Leroy), qu’est-ce-qui vous a poussé à revenir dessus pour l’aborder dans un roman et sous un angle plus intime ?

Une biographie est un ouvrage de recherche, scientifique et précis. Les recherches m’ont demandé cinq ans. « Lady Liberty I love you » est basée sur deux axes : d’une part l’émigration des Européens vers les Etats-Unis au XIXe siècle et l’Amérique qu’ils ont construite ; d’autre part le fait avéré que Sarah, l’épouse d’Adolphe Salmon, a posé dans l’atelier de Bartholdi en 1875 au moment où celui cherchait un visage à sa statue de la Liberté. Cette biographie s’appuie sur de nombreux documents, des archives d’état civil et de musées, des sources précises, des témoignages de référence. Il a fallu regrouper tous les indices, les mettre en relation avec des faits, écarter les erreurs, confronter les mémoires, lire des centaines de journaux d’époque à la recherche d’une information. L’aventure m’a menée de France aux Etats-Unis (New York, Boston, Los Angeles), en Belgique, en Allemagne… J’ai contacté des musées, des bureaux d’archives, divers offices qui chacun détenait une part de l’histoire. Il a fallu combler les blancs, réunir les points communs et ne pas se contenter d’intuitions. L’un des moments les plus plaisants a été la rencontre avec des cousins que je ne connaissais pas, et avec Alain Leroy, un ami de la famille qui s’était intéressé de près à l’histoire dans les années 1980 et avait glané d’importantes informations. Chacun y est allé de son anecdote, sa photo, son objet d’époque… Il eût été tentant de tout prendre pour argent comptant mais il a fallu mettre chaque apport à l’épreuve de la vérité.

Alors, le roman ? Il s’est imposé de lui même. Vous savez, à force de fréquenter des personnes au travers d’articles, de lettres, de photographies, on devient proche d’elles, on analyse leurs intentions et leurs motivations, on se met à saisir leur caractère, en un mot on les connaît. C’est le grand mystère du biographe. Le roman est venu pour ainsi dire naturellement. Sa magie permet de livrer l’intimité des personnages, des personnes devrais-je dire. Je me suis laissée guider par ce que je savais d’elles et me suis glissée comme une petite souris dans les pièces où elles évoluaient. Il suffisait presque d’observer et d’écouter ! C’est une autre façon de raconter cette très belle histoire de courage, de conquête, d’amitié et d’amour.

Ce que vous nous contez dans Un Amour de Liberté, en plus de faire partie de la grande Histoire, est aussi un formidable héritage familial. Cela a dû être une étrange aventure de plonger dans ce passé, comment avez-vous vécu cela ?

L’échelle du temps importe peu. Passé, avenir ? On vit avec tous ces gens comme s’ils étaient là et, d’une certaine façon, ils le sont. Ce qui a commencé en banale recherche généalogique a très vite révélé sa force : nous savions dans la famille qu’« Adolphe Salmon avait épousé la statue de la Liberté » ! Encore fallait-il un jour le prouver, ou tout du moins fouiller pour de bon dans ce passé fabuleux. C’est comme un coffre au trésor : vous soulevez un collier de perles et vous en trouvez un autre serti de diamants ! Ce sujet est devenu une réelle passion, je n’ai jamais cessé de chercher. Dans « Un amour de liberté » j’ai précisé certains faits et révélé de nouvelles découvertes qui ne figurent pas dans la biographie. Comme par exemple la rencontre du compositeur d’opérettes Jacques Offenbach avec Adolphe Salmon en 1876 lors de la tournée américaine du musicien. Ce dernier relate même l’épisode dans son récit de voyage. Du coup, comme témoins, même a posteriori, l’écrivain et le lecteur prennent part à l’aventure.

 A quel moment vous êtes-vous dit qu’il fallait raconter cette histoire ? Qu’est-ce-qui a été le déclencheur ?

La statue de la Liberté est l’un des monuments les plus universellement connus. Quand l’un de vos ancêtres est le fondé de pouvoir de son sculpteur Bartholdi et que vous avez la certitude que son épouse a prêté ses traits au visage de la statue, c’est une question que vous ne vous posez pas ! Une fois que vous avez pisté l’aventure de A à Z, posé les épisodes fondateurs, étayé votre proposition par des informations fiables et vérifiables, et raccordé votre histoire à l’histoire des Etats-Unis, vous savez que vous tenez là un sujet. L’envie de partager et d’apporter des connaissances nouvelles à cette histoire universelle s’impose toute seule.

Comment avez-vous géré l’aspect plus personnel des choses ? Etait-il délicat de faire la part entre l’aspect intime et l’aspect historique des événements dans l’écriture de votre roman ? Est-ce que cela vous a aidé à trouver l’inspiration ?

« Un amour de liberté » s’adosse à l’histoire. C’est même une part indissociable de l’histoire. C’est ce qui rend le livre facile et agréable à lire : la petite histoire dans la grande. Une vie dans la vie. C’est très différent d’une fiction où vous inventez tout, les personnages, les lieux, l’intrigue. Un roman historique, c’est un genre à part : vous devez respecter ce qui est vrai, mettre des mots crédibles et justes dans la bouche des personnages, et des ambiances autour. Mais du fait de son cadre défini, le roman historique offre aussi beaucoup de liberté, par exemple dans la façon de raconter.

Durant ma lecture, j’ai été fascinée par l’énergie d’Adolphe Salmon déploie pour forcer le destin. En refermant votre roman, je me suis demandée qui de l’homme ou du destin avait pris le pas sur l’autre. Quelle serait votre réponse ?

Je ne crois pas qu’il se soit jamais posé la question. A mon avis l’homme Adolphe était son propre destin, comme Bartholdi. Il a construit sa réussite, l’amitié franco-américaine, son extraordinaire relationnel, son amour pour Sarah, son humanisme a pris toutes ces formes et tout cela a formé sa vie. Certains êtres d’exception sont ainsi. Ils sont un, et multiples.

Porteuse de cette histoire, que ressentez-vous aujourd’hui quand vous regardez la Statue de la Liberté et qu’y voyez-vous ?

Quand je vais à New York je ne manque jamais d’aller rendre visite sur son île à « Tante Sarah », ainsi que je l’appelle affectueusement. Elle m’en impose à chaque fois. Ses traits forts, son visage déterminé sont ceux de cette femme peu banale qui était l’épouse d’Adolphe. Je suis heureuse aussi que l’œuvre continue son propre chemin, ayant échappé à son créateur : la statue devait être le symbole de l’indépendance américaine, or l’histoire a peu à peu fait d’elle la mère des immigrés. Elle fut la première figure aperçue depuis les bateaux qui débarquèrent à Ellis Island ces millions d’Européens venus construire l’Amérique : Irlandais fuyant la famine, Juifs fuyant les pogroms, Italiens fuyant la misère… chacun espérant une vie meilleure. Le fameux melting-pot américain. La statue a pu être interprétée aussi comme le symbole du capitalisme dans ce qu’il a de plus néfaste. En réalité, cette statue a une telle force d’identification que chacun peut l’habiter comme il veut. Bartholdi peut être fier car elle ne laisse personne indifférent.

Vous avez d’autres ouvrages sur des sujets très différents (plusieurs romans et un essai sur la PMA), qu’est-ce-qui vous inspire aujourd’hui ?  Avez-vous des sujets en tête ? Des projets ?

L’histoire de la construction américaine est passionnante, ainsi que ses relations au Vieux Monde. Au-delà du contexte historique et politique, j’y trouve matière à sonder toujours plus le concept de transmission. Cette passerelle parfois conflictuelle entre le vieux et le neuf, le passé et le rêve, l’histoire et l’avenir, la grande sœur et la cadette, est une allégorie de la vie de l’homme. L’immigration me passionne, avec son nécessaire abandon des racines et son désir de maintien de la culture d’origine. Je continue à chercher de ce côté. Je ne serais pas étonnée qu’il en sorte bientôt un autre roman, toujours historique, fondé sur la vie réelle de gens qui ont existé.

Qu’est-ce-qui vous motive à vous lever le matin ? Qui vous donne la pêche ?

J’ai la chance d’avoir cette passion et elle me rend heureuse. Chercher et écrire. Je vis dans une famille de curieux où chacun a son domaine et le fait partager aux autres. Cette émulation est un formidable moteur. Et je n’oublie pas que si nous avons deux oreilles et une bouche, c’est pour écouter deux fois plus qu’on ne parle…

Un dernier mot pour la fin : votre conseil pour un jeune auteur qui voudrait se lancer ?

Il y en aura deux.

Ecrire simple – ce qui ne va pas de soi. Pour ma part j’ai toujours vu dans l’assemblage des mots des couleurs, des musiques, des architectures, des rythmes. C’est un art total. Mais l’excès peut conduire à la cacophonie. Ecrire ne doit pas être un étalage de science ou une démonstration de virtuosité. Quand je me relis, je me dis souvent : qu’est-ce que tu pourrais simplifier ?

Et surtout : écrire pour le lecteur, pas pour soi. C’est la moindre des politesses et cela évite de jeter sur la page tout ce qui n’intéresse que soi. Ne jamais oublier qu’au bout, il y a quelqu’un qui risque d’abandonner parce que ce que vous dites ne le concerne pas – ou au contraire se sentir impliqué, intéressé, et poursuivre sa lecture.

Encore une fois, tous mes plus sincères remerciements à Nathalie Salmon pour s’être prêtée au jeu de l’interview, avec une grande gentillesse. Vous pourrez retrouvez ci-dessous plus d’informations sur ses ouvrages, ainsi que le lien de ma chronique. 

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Plus d’informations

⇒ Une courte biographie de Nathalie Salmon

⇒  Bibliographie de Nathalie Salmon

⇒ Ma chronique d’Un amour de liberté, paru le 15 février aux Editions Baker Street.

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